Principes du traitement des désordres des canaux

Le chapitre 10 du Ling Shu présente la symptomatologie des canaux principaux. Dans cette présentation le texte répète 12 fois la phrase suivante : “En ce qui concerne ces maladies, s’il y a abondance, on disperse, s’il y a vide, on tonifie, s’il y a chaleur, [on puncture] rapidement, s’il y a froid on laisse l’ aiguille, s’il y a affaissement on cautérise, s’il n’y a ni abondance ni vide on traite par le méridien.”

Dans le style du Ling Shu, si l’on répète plusieurs fois la même phrase c’est sans aucun doute pour inviter le lecteur à y porter toute son attention. Malheureusement, la dernière partie du texte est souvent incomprise et donc négligée en pratique clinique moderne. Je vous en propose ici une explication élégante.

Nous allons à titre d’exemple utiliser le shou tai yin fei jing pour illustrer notre propos :

Si le canal est affecté (shi dong ze bing) on souffre de gonflement et de plénitude au poumon, [le thorax] est distendu (pengpeng), on halète (chuan) et on tousse, le creux sus-claviculaire (quepen) est douloureux ; dans les cas graves on croise les mains sur la poitrine, on est déprimé et troublé, c’est le jue de bras.

Ce [canal] gouverne les maladies provenant des poumons (shi zhu fei suo sheng bing) telles que : la toux, le souffle qui remonte, le halètement sonore, l’ ennui (fanxin), la [sensation de] plénitude thoracique, la douleur et le froid glacial (jue), la douleur sur la face antéro-interne du bras et la chaleur dans la paume [de la main].

Si le souffle est abondant au point de devenir excessif, les épaules et le dos sont douloureux, on craint le vent, on transpire, on souffre de pollakiurie et de bâillements. Si le souffle est vide, on a des douleurs et [des sensations de] froid dans les épaules et le dos, le souffle manque (shaoqi) au point de ne pas pouvoir respirer et l’ urine change de couleur.

En ce qui concerne ces maladies, s’il y a abondance, on disperse, s’il y a vide, on tonifie, s’il y a chaleur, [on puncture] rapidement, s’il y a froid on laisse l’ aiguille, s’il y a affaissement on cautérise, s’il n’y a ni abondance ni vide on traite par le méridien.

En cas d’abondance, le pouls radial est quatre fois plus grand que le pouls carotidien (renying);en cas de vide, le pouls radial est au contraire plus petit que le pouls carotidien (renying).

Ling Shu, chapitre 10

“s’il y a abondance, on disperse, s’il y a vide, on tonifie”

L’excès ou la déficience d’un canal est normalement déterminé par la prise du pouls du Cunkou et du Renying. Une fois que l’excès ou la déficience du canal est avérée, le principe de traitement est évident. Si par exemple notre patient souffre d’un excès du canal du Poumon alors le principe de traitement est la dispersion, ce qui veut dire que la technique d’acupuncture à appliquer aux points du canal du Poumon doit être la méthode de réduction.

D’après la théorie du  Yin/Yang, l’excès et la déficience sont toujours relatifs. Par exemple, dans le cas d’un excès du canal du Poumon, le canal du Gros Intestin couplé au Poumon dans la relation Biao-Li, se trouve dans un état de déficience relative. On doit donc non seulement appliquer la méthode de réduction au canal du Poumon mais aussi la méthode de renforcement au canal du Gros Intestin. Nous sommes ici face à un élément déterminant de la régularisation des canaux en déséquilibre. Un canal perturbé est soit en excès, soit en déficience et s’il y a abondance, on disperse, s’il y a vide, on tonifie” est peut être le principe le plus important dans le traitement des canaux en déséquilibre.

“s’il y a chaleur, [on puncture] rapidement, s’il y a froid on laisse l’ aiguille”

Afin de déterminer le temps de pause d’une aiguille, on doit savoir si le canal traité présente un syndrome de froid ou de chaleur. Ceci n’est qu’un principe général de l’acupuncture. En effet, le temps de rétention des aiguilles dépend surtout de l’obtention objective du résultat thérapeutique attendu. On est alors en droit de se demander comment évaluer objectivement le résultat du traitement ? Ceci fera l’objet d’un autre article. 

“s’il y a affaissement on cautérise”

D’après le chapitre 48 du Ling Shu : “l’affaissement d’un canal signifie la présence de froid dans le Sang, on doit appliquer la moxibustion.”

“s’il n’y a ni abondance ni vide on traite par le méridien”

S’il n’y a ni abondance, ni vide alors nous avons un pouls du Cunkou et un pouls du Renying identiques. Dans quelle condition observe-t’on ce phénomène ?

Le Su Wen au chapitre 27 déclare : “le déséquilibre du Yin et du Yang est dû au déséquilibre du Ying-Qi et du Wei-Qi dans le canal. Ceci ne s’applique pas aux désordres des canaux causés par l’attaque d’un Qi pathogène externe.”

Ceci signifie que les pouls du Cunkou et du Renying sont utilisés pour diagnostiquer les états dysfonctionnels des canaux causés par le déséquilibre du Yin et du Yang, et pas pour le diagnostic des attaques externes de Qi pathogène. Autrement dit, si le déséquilibre d’un canal est dû à l’attaque d’un Qi pathogène externe alors les pouls du Cunkou et du Renying sont identiques. 

Nous savons également qu’en cas d’excès ou de déficience d’un canal objectivé par la comparaison des pouls du Cunkou et du Renying, nous devons renforcer ou réduire le canal touché ainsi que son canal apparié dans la relation Biao-Li. A contrario, si le canal à traiter est perturbé par la présence d’un pathogène externe, nous pouvons ne puncturer que ce canal.

Une remarque importante sur le diagnostic par le pouls du Renying et du Cunkou

Dans le chapitre 9 du Ling Shu on peut lire que “si le pouls du Cunkou est 4 fois plus fort que le pouls du Renying, alors le canal en déséquilibre est le Taiyin de pied; si le pouls du Cunkou est 4 fois plus fort que le pouls du Renying et que le pouls est agité, le canal en déséquilibre est le Taiyin de main.”

Ceci signifie que dans le cas d’un déséquilibre du canal du Poumon, le pouls possède une autre caractéristique : il est agité. Le chapitre 10 du Ling Shu explique que lorsque la force du pouls du Cunkou est plus faible que celle du Renying alors le canal du Poumon est déficient. Mais en examinant la suite du chapitre 10, on s’aperçoit qu’un pouls plus faible au Cunkou qu’au Renying, apparaît dans chacune des situations de déficience des 6 canaux Yin. Il nous faut donc un autre moyen pour différencier la déficience du canal du Poumon. Il suffit bien sur de se référer aux symptômes du canal du Poumon. Nous pouvons ainsi affirmer que la différenciation des canaux dépend à la fois de leurs symptomatologies et du pouls.

On détermine les canaux touchés d’abord sur la base des symptômes puis on détermine l’état Shi ou Xu du canal par la comparaison des pouls du Cunkou et du Renying. Le diagnostic par le pouls est essentiel en acupuncture classique.

Le trajet, les symptômes, le pouls et les principes de traitement consignés dans le Ling Shu sont les fondations de la théorie des canaux.

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