Points Shu dorsaux et points Mu antérieurs

Cet article est basé sur le chapitre 51 du Ling Shu et discute des changements historiques concernant les indications des points Mu et Bei Shu.

Les points Bei Shu sont mentionnés pour la première fois au chapitre 59 du Su Wen. Leurs noms, localisations et fonctions ne sont pas discutés avant le chapitre 51 du Ling Shu où seuls les points Bei Shu des 5 zang sont décrits.

On doit poncturer la région Bei Shu d’un Zang si un Qi pathogène externe se dirige vers cet organe.

Su Wen, chapitre 55

La région Bei Shu et le point Mu de la Vésicule Biliaire peuvent être utilisés pour traiter le gout amer dans la bouche du à une déficience de la Vésicule Biliaire.

Su Wen, chapitre 47

Le nom et la localisation de ces points ne sont cependant pas décrits. Ces passages sont les seuls du Huang Di Nei Jing qui traitent des régions Mu et Bei Shu.

Pourquoi les points Bei Shu des 5 zang sont-ils situés dans le Yang (sur le dos) et les points Mu dans le Yin (poitrine et abdomen) ?

C’est parce que pour traiter les maladies Yin il faut utiliser le point Yang et pour traiter les maladies Yang il faut traiter le point Yin.

67ème difficulté du Nan Jing

Bien que le Nan Jing ne mentionne pas les noms et les localisations des points Mu, ce passage est devenu la base théorique qui justifie l’adage “traiter les dysfonctions des Zang par les points Bei Shu, traiter les dysfonctions des Fu par les points Mu antérieurs.”

Dans le “Canon du diagnostic par le pouls” écrit par Wang Shu He (280 ap JC), on trouve décrits la plupart des points Mu des Zang (sauf celui du Péricarde) et les points Bei Shu de tous les Fu (sauf celui du San Jiao).

Dans le volume 3 il est écrit : 

“le point Bei Shu du Foie est Gan Shu qui est situé à 1.5 cun de la colonne vertébrale, au niveau du bord inférieur du processus épineux de la 9ème vertèbre et Qi Men est le point Mu.”

Le “Classique de l’acupuncture et de la moxibustion” ajoute les points Bei Shu et Mu du San Jiao et les “Prescriptions valant 1000 pièces d’or” ajoute les points du Péricarde, complétant ainsi la liste que nous utilisons aujourd’hui.

Après le Huang Di Nei Jing, des générations de praticiens utiliseront les points Mu/Bei Shu pour traiter les Zang Fu pour trois raisons : ces points sont situés dans la même région que les organes correspondants (comme V13 localisé près des poumons), le nom des points est celui des viscères, et enfin, les chapitre 47 et 55 du Su Wen qui fournissent “a priori” une base classiques indiscutable.

Cependant, si nous étudions le Huang Di Nei Jing nous nous apercevons que l’usage des points Mu/Bei Shu pour traiter les Zang Fu contredit la théorie des canaux et des 5 points de transport.

Il existe 50 points reliés aux Zang et 72 points reliés aux Fu.

Su Wen, chapitre 58

Huangdi demanda : j’aimerais connaitre les points qui représentent les Zang Fu.

Qi bo répondit : ce sont les 5 points de transport.

Chacun des 5 Zang possède 5 points Shu, 5×5=25 points; chacun des 6 Fu possède 6 points Shu, 6×6=36 points.

Ling Shu, chapitre 1

Douleur des hypocondres qui irradie vers l’hypogastre et irritabilité en cas d’excès, vision trouble, surdité et peur d’être appréhendé en cas de déficience.

Poncturer le jue yin et le shao yang de pied pour traiter les dysfonctions du Foie.

Faire saigner les collatéraux en cas de stagnation.

Su Wen, chapitre 22

Ici, poncturer les jueyin et shaoyang de pied signifie poncturer les points shu de ces canaux et pas les points du taiyang de pied.

Le Ling Shu au chapitre 44 décrit les différentes applications des points shu en cas de dysfonction des Zang Fu.

Les chapitres 1 et 44 du Ling Shu décrivent en détail la seule catégorie de points qui puisse traiter les dysharmonies Qi Xue des Zang Fu dans leur rapport fondamental biao-li.

Ré-examinons maintenant les passages concernant les points Mu/Bei Shu du Huangdi Nei Jing.

Le Su Wen 58 classe tous les points en différents groupes d’après leurs fonctions.

Les points Bei Shu ne sont pas listés sous la rubrique des 50 points qui traitent les 5 Zang.

En fait, d’après le chapitre 59 du Su Wen : “il y a au total 78 points formés par le qi et le sang du tai yang de pied…il y a 5 points Bei Shu des Zang et 6 points Bei Shu des Fu”.

Les Bei Shu sont donc simplement des points du canal de la Vessie et leur action sur les viscères n’est pas équivalente à celle des points des régions ben shu appendiculaires.

Dans le cas contraire, toute la théorie du Huang Di Nei Jing serait à reconsidérer …

Le Ling Shu recommande un traitement superficiel de ces points à l’aide de techniques de surface et interdit leur puncture profonde à l’aiguille filiforme.

Les régions Bei Shu mettent en relation le tissu sous-cutané avec les organes.

Elles expriment en surface, à l’aplomb d’une vertèbre, la qualité de l’organe situé en profondeur.

Ces points sont tous sous-cutanés. Ils sont à la verticale des vertèbres sans rapports nerveux directs avec celles-ci, car l’innervation du derme ne correspond pas à celui de la vertèbre sous-jacente, sauf pour les premières dorsales.

La vertèbre sert simplement de repère à la projection au niveau du derme, d’une dysfonction viscérale.

La relation peut devenir néanmoins structurelle.

En effet, la dysfonction de la région Bei Shu en surface, si elle persiste, va progressivement modifier le tissu conjonctif, devenir fibrose et affecter la vertèbre en profondeur.

Cette relation entre la surface et la profondeur donne ainsi toute la valeur aux techniques sur les fascias utilisées en ostéopathie, qui à partir de la zone sous-cutanée en regard des vertèbres, envisage une régulation des dysfonctions affectant les organes.

De la surface à la profondeur on peut réaliser une harmonisation entre la structure vertébrale et la fonction viscérale.

Le traitement des régions bei shu doit donc être rediscuté dans le cadre du neijing.

Si vous souhaitez savoir où se trouvent les régions bei shu mesurez d’abord la distance entre les deux seins avec une longue tige d’herbe.

Pliez la au milieu pour qu’elle mesure la moitié de sa longueur originelle.

Puis pliez la à nouveau pour former un triangle équilatéral.

Ensuite, mesurez le dos en plaçant un coin du triangle au-dessus de la vertèbre dàzhuī et laissez les deux les coins tomber vers le bas.

Là où les coins inférieurs du triangle touchent le dos se trouvent les régions shù du poumon.

Déplacer [le triangle] vers le bas une fois de plus pour localiser la région shù du coeur.

Déplacez le triangle une fois de plus vers le bas et le coin gauche localise maintenant la région shù du foie, le coin droit la région shù du pancréas.

Déplacer le triangle vers le bas une fois de plus pour localiser la région shù des reins.

Ce sont les régions shù des cinq organes zàng et les endroits où la moxibustion et la piqûre peuvent être appliqués.

Su Wen, chapitre 24

Pour traiter les organes zàng, piquez sur le dos les régions shù.

Piquer pour obliger le chaud et le froid à quitter les zàng aux endroits où les zàng fusionnent avec les régions de surface.

Quand] le froid et la chaleur dans l’abdomen sont parti, cessez le traitement.

Piquez aussi la taille (yào) pour extirper les agents pathogènes en traitant à un niveau peu profond et en faisant saigner lorsque l’aiguille est retirée.

Su Wen, chapitre 55

Ces régions sont situées sur le dos (bèi) à côté de la colonne vertébrale (jǐ), à une distante de trois pouces (cùn) du corps, c’est-à-dire à un pouce et demi du corps de la colonne vertébrale de chaque côté.

Si vous souhaitez les trouver alors examinez le dos pour trouver les zones réactives.

Appuyez et localisez le centre de la sensibilité et de cette façon, vous trouverez les régions shù du dos. La moxibustion peut être utilisée mais les aiguilles ne peuvent pas être utilisées.

Quand le qì est plein (shèng), dispersez (xiě). Lorsque le qì est déficient (xū), tonifiez (bǔ).

Pour tonifier (bǔ) en utilisant la moxibustion, ne soufflez pas sur le feu mais laissez-le brûler et s’éteindre.

Pour disperser (xiě) en utilisant la moxibustion, soufflez vivement sur le feu pour que le moxa brûle rapidement et ensuite enlevez le.

Ling Shu, chapitre 51

Les indications de la moxibustion sont décrites au chapitre 10 du Ling Shu : “appliquer la moxibustion si un point est dépressible / creusé / indenté”.

Au chapitre 48 on trouve l’explication : “l’effondrement des tissus le long d’un méridien est le signe de la présence de froid dans le sang qui cause une stase de sang.”

Le ling shu 73 dit a peu près la même chose.

La moxibustion traite donc le syndrome de présence de froid dans le sang et on l’applique sur les points des canaux touchés.

On doit alors se rappeler que ce syndrome peut être dû soit à une déficience du yang soit à un excès du yin et c’est la raison pour laquelle le chapitre 51 du ling shu nous présente une technique de tonification et une autre de dispersion par la moxibustion.

Le ling shu ne donne aucune précision sur le nombre de cônes de moxa à appliquer, ni aucune précision sur la taille de ces cônes.

En réalité tout cela dépend du résultat du traitement que l’on observe comme a l’accoutumé par l’équilibrage du pouls du ren ying et du cun kou.

Je précise qu’au chapitre 5 du Su Wen il est écrit : “on peut renforcer le qi d’un patient en appliquant une moxibustion douce, on peut disperser le qi d’un patient en lui appliquant une moxibustion forte.”

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