L’essence du Qi Gong médical

Environ 380 ans avant notre ère Platon écrit le Politeia, « La République ».  Dans ce livre, Platon relate un dialogue entre son mentor Socrate (470 BCE – 399 BCE) et l’un de ses deux frères nommé Glaucon. Ce dialogue est appelé « Allégorie de la Caverne » et décrit l’essence de notre réalité.

La réalité que nous percevons est comme les ombres que les prisonniers voient sur le mur de la caverne. Ces prisonniers ne peuvent pas tourner la tête pour voir l’origine des ombres. Tout ce qu’ils peuvent voir, ce sont les ombres sur le mur de la caverne, qui sont leur seule réalité.

Par analogie, nos sens communs ne peuvent pas percevoir l’origine de ce que nous décrivons comme notre réalité. La seule réalité que nous percevons est celle que nous renvoient nos 5 sens. La réalité est créée par quelque chose qui est au-delà de nos sens. C’est uniquement au moyen de la pensée logique que nous pouvons découvrir l’origine de la réalité que nous percevons.

Bien que nos sens perçoivent uniquement le monde des ombres, notre esprit est en mesure de supposer l’existence d’un monde de lumière et d’un monde d’objets bloquants le passage la lumière. Ensemble, ces trois mondes forment une unité.

Extraits du livre 7 de la République :
Voici des hommes dans une habitation souterraine en forme de grotte, qui a son entrée en longueur, ouvrant à la lumière du jour l’ensemble de la grotte ; ils y sont depuis leur enfance, les jambes et la nuque pris dans des liens qui les obligent à rester sur place et à ne regarder que vers l’avant, incapables qu’ils sont, à cause du lien, de tourner la tête ; leur parvient la lumière d’un feu qui brûle en haut et au loin, derrière eux ; et entre le feu et les hommes enchaînés, une route dans la hauteur, le long de laquelle voici qu’un muret a été élevé, de la même façon que les démonstrateurs de marionnettes disposent de cloisons qui les séparent des gens ; c’est par-dessus qu’ils montrent leurs merveilles.
[…]

– Vois aussi, le long de ce muret, des hommes qui portent des objets fabriqués de toute sorte qui dépassent du muret, des statues d’hommes et d’autres êtres vivants, façonnées en pierre, en bois, et en toutes matières ; parmi ces porteurs, comme il est normal, les uns parlent, et les autres se taisent.
– C’est une image étrange que tu décris là, dit-il, et d’étranges prisonniers. “- Semblables à nous, dis-je. Pour commencer, en effet, crois-tu que de tels hommes auraient pu voir quoi que ce soit d’autre, d’eux-mêmes et les uns des autres, que les ombres qui, sous l’effet du feu, se projettent sur la paroi de la grotte en face d’eux ? […]
– Examine alors, dis-je, ce qui se passerait si on les détachait de leurs liens et si on les guérissait de leur égarement, au cas où de façon naturelle les choses se passeraient à peu près comme suit. Chaque fois que l’un d’eux serait détaché, et serait contraint de se lever immédiatement, de retourner la tête, de marcher, et de regarder la lumière, à chacun de ces gestes il souffrirait, et l’éblouissement le rendrait incapable de distinguer les choses dont d tout à l’heure il voyait les ombres ; que crois-tu qu’il répondrait, si on lui disait que tout à l’heure il ne voyait que des sottises, tandis qu’à présent qu’il se trouve un peu plus près de ce qui est réellement, et qu’il est tourné vers ce qui est plus réel, il voit plus correctement ? Surtout si, en lui montrant chacune des choses qui passent, on lui demandait ce qu’elle est, en le contraignant à répondre ? Ne crois-tu pas qu’il serait perdu, et qu’il considérerait que ce qu’il voyait tout à l’heure était plus vrai que ce qu’on lui montre à présent ?
– Et de plus, si on le contraignait aussi à tourner les yeux vers la lumière elle-même, n’aurait-il pas mal aux yeux, et ne la fuirait-il pas pour se retourner vers les choses qu’il est capable de distinguer, en considérant ces dernières comme réellement plus nettes que celles qu’on lui montre ?
– Et si on l’arrachait de là par la force, dis-je, en le faisant monter par la pente rocailleuse et raide, et si on ne le lâchait pas avant de l’avoir tiré dehors jusqu’à la lumière du soleil, n’en souffrirait-il pas, et ne s’indignerait-il pas d’être traîné de la sorte ? Et lorsqu’il arriverait à la lumière, les yeux inondés de l’éclat du jour, serait-il capable de voir ne fût-ce qu’une seule des choses qu’à présent on lui dirait être vraies ? “

Tout dans le monde des ombres est une création de la dynamique de ce que nous pouvons appeler le “proto-monde” , c’est à dire le blocage de la lumière par les objets qui projette les ombres sur le mur (correspondant aux phénomènes observés du monde des ombres).

Tout dans le monde des ombres (3D) est une création. La dynamique du proto-monde crée ces projections en trois dimensions.

La Tradition désigne la source de cet acte de création comme le créateur. L’ensemble « créateur, création et créature » forme une trinité (en latin, cette unité trinitaire s’appelle Genitor, Genero, Genesis).

Aristote (384 BCE – 322 BCE) se réfère au Créateur comme celui que meut sans être mû : il est le Premier Moteur (Primum Mobile) et représente la cause première de tout changement dans le monde. Dans le monde de la Source, le mouvement n’existe pas, il n’y a que l’immobilité universelle, comme l’a justement souligné Walter B. Russell (1871 – 1963).

A l’opposé, dans le monde des ombres il n’y a que mouvements et une absence totale d’immobilité. C’est pourquoi Héraclite d’Éphèse (535 BCE – 475 BCE), autre grand scientifique de la Grèce antique, aurait dit (selon Platon) « Panta rhei » (Πάντα ῥεῖ) » qui signifie littéralement « toutes les choses coulent » (dans le sens de « Tout passe ») et synthétise la pensée d’un monde en mouvement perpétuel.

Les mouvements que nous percevons dans le monde des ombres sont les projections de la dynamique du proto-monde. Dans le monde source il n’y a que l’unité de l’immobilité générale. Dans le proto-monde cette unité est divisée en deux mouvements complémentaires (appelé dualité Yin Yang). Les reflets de la dynamique de ce proto-monde comme manifestations dans le monde des ombres complètent cette Trinité.

Nous trouvons l’essence du proto-monde dans la dynamique de la création et nous appelons cette essence dynamique « Qi ». Il est cependant question ici d’une proto-énergie que nous pouvons visualiser comme une onde sinusoïdale en 2D. Cette proto-énergie ne doit pas être confondue avec l’énergie du monde de l’ombre qui est défini comme la capacité à agir sur des objets en 3D.

Nous pouvons illustrer notre propos par des concepts géométriques. Le cube représente le monde tridimensionnel de l’ombre. Le carré représente le proto-monde bidimensionnel. La ligne représente le monde source unidimensionnel.

L’affirmation que “tout est énergie” n’est vraie que dans le proto-monde. Dans le monde de l’ombre, nos sens nous disent que “tout est matière”. Cependant du point de vue du monde source “tout est information”. Au cœur de tout ce qui existe se trouve l’information.

L’énergie vitale, ou simplement l’énergie, est la cause (métaphysique) de la vitalité et de la croissance.

L’énergie du monde de l’ombre est la capacité d’accomplir un travail physique, c’ est le « projeté » (3D) de l’énergie vitale (2D). La matière est alors l’énergie du monde des ombres condensée ou plus précisément, la matière est de la lumière condensée.

Matière (Xing), énergie (Qi) et information (Shen) forment la tri-unité appelée Hun Yuan Qi en Zhineng Qigong.

Dans le “Huai Nan Zi” (ouvrage classique de la même époque que le Nei Jing) nous pouvons lire que Xing est la “maison du vivant”, de la vie, Qi “remplit le vivant”, et Shen est “responsable du vivant”. Quand nous soignons un malade, nous devons considérer ces 3 éléments ensemble.

NB : en MTC, quand on parle de la matière/substance à l’intérieur du corps on dit plutôt Jing, Qi, Shen. De la même façon, dans le corps physique, Yin et Yang sont des substances (zhen Yin/Yang) stockées dans les Reins et différents des Yin/Yang philosophiques.

Qi et Qi Hua sont la quintessence de la théorie de la Médecine Chinoise Classique

La notion de Qi constitue le fondement, la base de la pensée médicale chinoise. C’est le Qi qui permet de décrire l’ensemble des fonctions métaboliques du corps.

  1. Shang = produire, rôle du Foie
  2. Zhang = grandir, rôle du Cœur
  3. Hua = transformer, rôle de la Rate
  4. Shou = récolter, rôle du Poumon
  5. Cang = cacher, rôle des Reins

On dit par exemple que le Poumon contrôle le Qi, c’est à dire que le Poumon contrôle les entrées/sorties du Qi dans le corps via les mouvements du diaphragme. Le diaphragme est relié au plexus et à Ming Men. Il se contracte, se relâche, monte et descend, c’est une réalité physiologique.

Lorsque nous expliquons les fonctions des Zang Fu nous devrions toujours décrire Qi ET Qi Hua, ou encore Ti, Yong et Hua. Nous devrions pour chaque Organe décrire et expliquer Xing, Qi, et Shen. L’acupuncture est utilisée pour guérir Xing et Qi, le Qi Gong est utilisé pour guérir le Shen.

Les bases de la Médecine Chinoise et du Qi Gong sont identiques. Avant les dynastie Tang et Song, il n’existe aucune différence entre les deux disciplines. C’est leur séparation ultérieure qui a conduit à de nombreuses incompréhensions des praticiens et au déclin de la médecine chinoise dite classique.

Le QI GONG MÉDICAL est utilisé pour le diagnostic et pour le traitement. Si nous pratiquons correctement et sérieusement, avec ténacité, nous pouvons développer la capacité de recevoir l’information du HUN YUAN QI, du champ de conscience universel. Nous savons que HUA TUO pratiquait le QI GONG et qu’il utilisait le 3ème œil pour le diagnostic. Il n’utilisait ni la langue, ni les pouls mais regardait directement à l’intérieur du corps.

Quand on pratique sérieusement le QI GONG, on développe des facultés spéciales, on cultive l’intelligence du Cœur (c’est à dire la sagesse et l’ouverture nécessaire à la communication avec le Dao) et on pratique une acupuncture et un massage supérieur.

Il faut avant tout pratiquer le QI GONG  pour soi même, avant de faire du QI GONG médical.

La pratique du Qi Gong est une origine importante de la Médecine Chinoise Classique

Dans le “Shen Ji Zong Lu” (dynastie des Song), il est dit de “regarder à l’intérieur pour soigner”. Li Shi Zhen dans le “Ben Cao Gang Mu” nous recommande de “fermer les yeux, regarder à l’intérieur”.

Le Qi Gong est une base et la quintessence de la pratique clinique en Médecine Chinoise Classique.

D’après le Nei Jing, le bon médecin :

  • Régularise (renforce) la conscience (le Shen)
  • Exerce (renforce) le corps
  • Connait la pharmacopée
  • Connait l’acupuncture
  • Connait les fonctions des Zang Fu

Toujours dans le Nei Jing nous lisons que “le médecin grossier pose l’attention sur le Xing, le médecin supérieur pose l’attention sur le Shen”, ce qui peut aussi signifier que le médecin reçoit l’information, souvent sous forme d’images.

Dans la tradition chinoise, étude et pratique sont indissociables. Il faut d’abord cultiver Qi Zu (énergie vigoureuse) en pratiquant par exemple la 1ère méthode du Zhineng Qigong et la méditation pour renforcer le Qi du Dan Tian.

Puis il faut Shen Ming (la conscience claire) en pratiquant les méthodes de concentration et en ramenant la conscience à l’intérieur du corps. « Pratiquer » le Qi c’est penser le Qi, regarder le Qi en permanence afin que la conscience se combine avec le Qi.

Pour penser le Qi nous pouvons pratiquer Peng Qi Quan Ding Fa, la 1ère méthode du Zhineng Qigong. Il faut sentir le mouvement du Qi qui pénètre toujours plus profondément dans le corps, jusqu’au niveau cellulaire. Il faut toujours réfléchir à la signification de la pratique : qu’est ce que je fais, quels sont les effets…?

Nous pouvons regarder le Qi autour de nous et dans notre corps. Nous observons le Qi de la Nature en nous laissant pénétrer par la beauté du monde, par la magie qui se dégage de la vie organique sur Terre.

Nous pouvons ensuite imaginer le Qi en utilisant des images. On imagine l’eau qui coule, qui circule, une rivière, une vague, un ballon, le Qi qui tourne … mais attention, c’est uniquement pour la concentration. Le mouvement naturel du Qi est SIMPLE, c’est entrer/sortir et monter/descendre. Dès que l’on sent le QI, on ne fait plus rien, on n’imagine plus rien. Il faut que la conscience soit tranquille, il faut que tout soit et reste SIMPLE, sans trop de forme. J’insiste sur le danger d’utiliser des images trop fortes ou en opposition avec notre physiologie. Le plus simple, le sans forme est toujours la meilleur option, il suffit de poser l’attention et de regarder.

Il faut pratiquer, comme les Maîtres le font, avec la FOI absolue. Pour un soin en QI GONG vous ne devez pas douter, vous devez croire en une réussite totale. Il est important que le patient y croit aussi. Si on garde la conscience tranquille, on élimine toute agitation du CŒUR.

C’est la conscience qui envoie l’information, le FU (le vœu) , dans le champs de Qi : “Qu’est ce que je veux ? être heureux, bien dormir, maigrir, grossir, être en bonne santé,…” . Si une personne pratique peu, FU ne peut pas être “correct”, au sens de “en accord avec les lois naturelles”.

Si on avance en totale confiance cela fonctionne et c’est identique pour toute technique de soin avec l’énergie : le Reiki, l’énergie universelle, le magnétisme.

Il faut entraîner la conscience pour pouvoir pénétrer dans l’énergie, cela demande beaucoup de pratique. La conscience doit pénétrer dans le foyer de la maladie et le transformer. C’est une intention différente de faire sortir ou de faire disparaître … c’est le HUN YUAN QI qui guérit, tout est transformé, ici et maintenant.

Pour dialoguer avec Hun Yuan Qi il faut les mêmes émotions, les mêmes idées que Hun Yuan Qi, il faut parler le langage archétypal du Cœur spirituel, l’Amour.

Commentaires

  1. […] dynamique créatrice du proto-monde (nous avons défini le proto-monde dans un article précédent) est appelée énergie. Cette […]

  2. Très bel article !
    J’adore l’Allégorie de la Caverne depuis que je suis en âge de lire Platon.
    Ne pourrais-t’on pas dire plus spécifiquement que le le Qi Gong traite le Shen, l’acupuncture le Qi, et les plantes/aliments traitent le Xing ?

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