Les combinaisons Yuan-Luo du point de vue du Ling Shu

Le Ling Shu au chapitre 10 décrit la symptomatologie des vaisseaux Luo. On y apprend que la différenciation des 15 Luo dépend à la fois des symptômes et de l’apparence des collatéraux : on examine l’emplacement du point de liaison Luo, ou l’emplacement au-dessus et au-dessous du point. Un “gonflement” indique l’excès tandis qu’un “affaissement” indique la déficience. Le traitement des collatéraux consiste à «piquer pour faire saigner» aux endroits où on observe un changement d’aspect ou de la couleur du collatéral.

Les différences entre canaux et collatéraux peuvent être résumées en trois points.

  1. Les canaux se répartissent profondément à l’intérieur du corps tandis que les collatéraux se distribuent superficiellement.
  2. L’état des canaux peut être perçu à travers le pouls de Cunkou mais pas celui des collatéraux.
  3. La couleur des méridiens correspond à leur organe respectif. La couleur des collatéraux Yin est la même que celle de son méridien. La couleur des collatéraux Yang change selon la saison.

Même si les canaux et les collatéraux présentent les différences ci-dessus, ils ont néanmoins des fonctions similaires. Les canaux et les collatéraux transportent Qi / Xue. En fait, les collatéraux sont des branches superficielles des canaux.

Douze méridiens se distribuent profondément dans les muscles, on ne peut pas les voir; la seule partie qui se montre à l’extérieur est sur le méridien Zu Taiyin au-dessus de la malléole médiale. Les méridiens que l’on peut voir s’appellent les collatéraux.

Leigong demande : Quelle est la différence entre les méridiens et les collatéraux?

Les Méridiens se répartissent profondément dans le corps, et leur état d’excès ou de déficience se manifeste sur le pouls de Cunkou. Les méridiens que l’on peut voir sont les collatéraux.

Ling Shu chapitre 10

Huangdi demanda : Pourriez-vous me dire où se trouve le Qi pathogène s’il n’est pas dans le canal?

Qibo répondit : Il est dans les collatéraux.

Ling Shu chapitre 39

Dans le Ling Shu les points Luo sont clairement appliqués aux traitements des dysfonction des collatéraux et pas de leurs méridiens associés.

C’est le Dr Dou Hanqing qui écrit en 1196 : “les points Luo peuvent être utilisés pour traiter les méridiens couplés Biao-Li.”

Dou Hanqing enseigne également que ces mêmes points Luo traitent les dysfonctions des collatéraux. Ces deux affirmations sont contradictoires. Il décrit aussi la combinaison des points yuan-luo dans le traitement des méridiens couplés Biao-Li par la méthode de poncture dite d’harmonisation (ou encore mi-tonification mi-dispersion).

Ces affirmations ignorent non seulement le contenu du chapitre 10 du Ling Shu mais s’opposent à la théorie des méridiens du Huang Di Nei Jing !

Si par exemple le méridien du Poumon est en excès alors son méridien couplé Biao-Li est dans une situation de déficience relative et le principe de traitement décrit par le Ling Shu est de réduire le méridien du Poumon en poncturant les points du méridien du Poumon, puis de tonifier le méridien du Gros Intestin en poncturant les points du Gros Intestin. La poncture en méthode neutre du 7P Lie Que pour régulariser la dysfonction du couple P-GI est tout simplement ridicule.

Je vous présente ci-dessous une traduction d’un extrait du livre de David Twicken “The Luo collaterals”.

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Vous trouverez l’intégralité de l’article en Anglais ici : https://www.acupuncturetoday.com/mpacms/at/article.php?id=33049

Le Nei Jing décrit les luo mai dans le système des canaux d’acupuncture. La fonction et les applications cliniques des luo mai sont principalement présentées au chapitre 10 du Ling Shu. Cependant, les principales théories et applications cliniques contemporaines des points luo ne semblent pas être basées sur le Ling Shu, le Su Wen ou d’autres classiques de la médecine chinoise. Nous explorerons certaines de ces théories dans le but d’identifier les hypothèses et les principes directeurs de ces applications modernes. Une analyse des hypothèses sur lesquelles reposent ces applications peut aider le lecteur à déterminer s’il faut les utiliser en pratique clinique.

Traiter ensemble les points Yuan et Luo est une méthode moderne qui n’apparaît pas dans les premiers classiques de l’acupuncture. Sur la base de mes recherches, il y a eu historiquement quatre changements principaux dans la manière dont les points luo sont appliqués dans la pratique clinique.

Dou Hanqing créé la première modification de l’usage des points Luo lorsqu’il introduit les points de commande Jiao-Hui des huit canaux extraordinaires en 1196. Quatre de ces points sont des points luo. Ces points permettent de traiter les huit canaux extraordinaires et les substances vitales jing et yuan qi associées aux huit canaux extraordinaires. Nous avons donc maintenant quatre points luo qui peuvent influencer Yuan Qi.

Je crois que cette nouvelle fonction attribuée aux points Luo a fortement contribué à créer sous la dynastie Ming la méthode yuan-luo. Notons que Dou Hanqing était également très impliqué dans la chrono-acupuncture.

Le deuxième changement se trouve dans le Zhen Jiu Da Cheng (Le Grand Compendium de l’acupuncture et de la moxibustion), écrit par Yang Jizhou sous la dynastie Ming.

Xu Feng était un médecin célèbre de la dynastie Ming (1368-1644). Il a poursuivi une partie du travail de Dou Hanqing et a développé ce qui allait devenir le couplage par paires des huit canaux extraordinaires et de leurs points de commande correspondants. Il n’existe aucune théorie médicale solide pour affirmer que ces associations sont les seules possibles ou les plus pertinentes cliniquement. Xu Feng était lui aussi également très impliqué dans la chrono-acupuncture.

En 1601, Yang Jizhou termine d’écrire le Zhen Jiu Da Cheng, un recueil de textes médicaux datant des Han aux Ming, qui contient aussi ses propres idées. Ce livre est la source principale à l’origine de la combinaison des points luo et Yuan. […] La manière dont Yang appelle cette combinaison est importante: il dit qu’il s’agit d’un traitement des canaux principaux et des organes. Ce n’est pas un traitement des luo mai.

Yang ne cite aucune source classique pour justifier les combinaisons yuan-luo. Elles ne se trouvent dans aucun texte classique avant le Zhen Jiu Da Cheng. Certains spécialistes pensent que cette combinaison est issue de sa tradition familiale ou est sa propre découverte. Je suppose qu’il a fondé cette combinaison de points sur les travaux de Dou Hanqing. […]

Le passage du traitement des affections des luo mai au traitement des canaux principaux et des organes internes se retrouve dans le travail de ces deux praticiens. Il n’y a cependant pas de théorie pour soutenir leurs affirmations et ce seront d’autres auteurs qui plus tard tenteront d’expliquer leur raisonnement.

Yang Jizhou inclut certaines des œuvres de Dou Hanqing et de Xu Feng dans le volume V du Zhen Jiu Da Cheng. Yang donne peu d’information sur la méthode consistant à appliquer une combinaison yuan – luo. Il ne dit pas s’il faut renforcer ou réduire les points. Il n’offre aucune théorie pour expliquer comment cette combinaison de points fonctionne.

Morant, et plus tard Chamfrault et Van Nghi, proposeront des théories sur le fonctionnement de cette combinaison qui modifieront la théorie et l’usage des luo mai d’abord en Europe puis dans le reste du monde.

Yang définit la méthode en tant qu’hôte-invité (il s’agit de l’une des nombreuses combinaisons de points d’acupuncture appelées hôte-invité). Yang ne fait pas la distinction entre ce que les points luo traitent et ce que les points yuan traitent et il ne décrit pas comment ils se soutiennent ou fonctionnent ensemble. Yang énumère quelques symptômes des luo mai qui se trouvent au chapitre 10 du Ling Shu. Il ajoute également les symptômes des canaux principaux tirés du même chapitre ainsi que les symptômes des organes internes.

Yang opère une modification majeure de l’usage des points Luo par rapport au Ling Shu.

Le troisième changement se produit avec George Soulié de Morant, praticien, écrivain et professeur français, et le quatrième avec les Dr Albert Chamfrault et Nguyen Van Nghi.

George Soulié dé Morant est un pionnier de l’acupuncture en France. Il a rendu populaire la méthode yuan-luo. Son livre “L’Acupuncture Chinoise” (1972/1994) est considéré comme le premier ouvrage majeur sur la médecine chinoise en France. Le premier volume est publié en 1939. Le livre complet comprend trois volumes et est publié en 1957. Après le décès de l’auteur, sa collègue, le Dr Thérèse Martiny passe 15 ans à compiler les notes de Morant et à condenser des décennies d’expérience clinique. L’ensemble de cette oeuvre est publié en 1972.

Morant a étudié la médecine en Chine. Il cite deux ouvrages de la dynastie Ming comme références de sa théorie et de ses applications. Le premier texte est le Zhen Jiu Da Cheng (Le Grand Compendium de l’acupuncture et du moxibustion) de Yang Jizhou et le second est le Yixue Rumen (Introduction à la médecine) de Li Can.

Morant encourage l’utilisation du point luo pour traiter toute condition des canaux principaux et des organes internes. Il diffère du Zhen Jiu Da Cheng en ce que sa première approche du traitement consiste à utiliser uniquement le point luo du canal ou de l’organe déficient. Par exemple, si la vessie est en excès et les reins déficients, il pense qu’en renforçant les reins, la vessie sera réduite et qu’un équilibre entre les deux canaux est réalisé. Au lieu d’utiliser la combinaison yuan-luo pour obtenir cet équilibre il utilise uniquement le point luo.

Morant propose que les luo mai possèdent des branches transversales à travers lesquelles le qi et le sang peuvent être transférés entre les méridiens principaux couplés Yin-Yang et les organes internes. Par exemple, lors de la tonification du point F 5 Li Gou, le canal de la vésicule biliaire, l’organe Dan seront réduits, et l’équilibrage des deux canaux réalisé. Dans cette théorie, le traitement de F5 provoque une réaction qui amène le qi et le sang dans le foie pour le renforcer, et réduit en même temps ou élimine le déséquilibre de la vésicule biliaire. L’équilibrage se fait par le canal luo transversal. Cette application varie du traitement de Yang, qui utilise à la fois le point Yuan et le point luo. Cela varie également d’un traitement des luo mai du Ling Shu. Morant utilise les points luo pour traiter les conditions que les points sources peuvent traiter.

Morant présente des interprétations de l’ensemble du système des canaux qui diffèrent des sources médicales chinoises classiques. Il appelle les luo les canaux secondaires.

Le chapitre V de son livre s’intitule «Les quinze vaisseaux secondaires». Il déclare: “Ces vaisseaux luo ou secondaires et leurs points de passage constituent un élément important de la circulation de l’énergie. Ce sont des branches qui connectent les canaux couplés; c’est-à-dire qu’ils envoient l’énergie du méridien yin à son méridien yang couplé et du méridien yang à son méridien yin couplé.”

Morant cite le Yixue Rumen: “les méridiens Jing sont les principales voies de circulation, et les vaisseaux secondaires sont les luo… Les luo sont ce qui est transversal.”

Ce qui suit est tiré de l’acupuncture chinoise de Morant. Les fonctions des luo ne sont pas expliquées avec une totale clarté. Néanmoins, deux fonctions sont clairement dégagées :

1. Laisser l’excès d’énergie d’un méridien passer dans un méridien apparié. Cela se produit lorsque le passage normal de l’énergie d’un méridien à un autre (canaux primaires) n’est pas suffisant pour soulager les excès. Les vaisseaux secondaires (collatéraux luo) absorbent cet excès d’énergie. Ces vaisseaux luo ou secondaires et leurs points de passage constituent un élément important de la circulation de l’énergie. Ce sont des branches qui connectent les canaux couplés; c’est-à-dire qu’ils envoient l’énergie du méridien yin au méridien yang couplé et du méridien yang au méridien yin couplé. Tout méridien donné a un point d’excitation ou de passage. Lorsque les jing (méridiens) fonctionnent normalement, les trajectoires des vaisseaux secondaires ne sont pas facilement perçues.

2. Ils rétablissent également la circulation dans un méridien.
Morant déclare que si un méridien est vide et que son méridien couplé est plein, la tonification du point de passage (point luo) du méridien vide suffit à le reconstituer, tandis que le méridien couplé en excès se normalise.

La théorie des luo de Morant inclut les fonctions suivantes.

1. Les collatéraux luo sont transversaux. Ce flux des canaux luo transversal (horizontal) est ce qui le connecte à son canal apparié et ce canal transversal peut transférer le qi et le sang entre les canaux appariés Yin-Yang. Ce canal transversal est nommé par Morant “canal luo transversal” .

2. Lorsqu’il y a excès dans un canal et déficience dans son canal apparié, il faut traiter le canal déficient avec une méthode de tonification. Par exemple, si le canal du Poumon est déficient et que le canal du gros intestin est en excès, il faut tonifier P 7. Selon Morant, ce traitement tonifie le Poumon et réduit l’excès du Gros Intestin. D’après cette théorie, en tonifiant P7, la force énergétique dirigera le qi et le sang de son canal couplé vers les poumons. Ce mouvement tonifiera les poumons et réduira l’excès du gros intestin.

Évaluation de la théorie de Morant

Le Ling Shu et le Su Wen ne décrivent pas les collatéraux comme traitant les canaux primaires ou les organes internes. Morant ne différencie pas clairement les atteintes des luo mai, des canaux primaires ou des organes internes.[…] Le Ling Shu et le Jia Yi Jing (classique de l’acupuncture et de la moxibustion) présentent des situations différentes pour différencier les atteintes des canaux principaux, des organes internes et des luo mai. Morant utilise le point luo pour traiter les affections du système des canaux et des organes internes. Il ne discute pas de cet écart avec les classiques ni du raisonnement par lequel nous devrions nous éloigner des conseils du Ling Shu (chapitre 9) : “traitez des points sur les deux canaux principaux couplés Yin-Yang pour traiter les canaux principaux et les organes internes.”

Voici les principaux domaines de la théorie de Morant qui nécessitent une analyse.

1. Le Nei Jing indique clairement que les agents pathogènes peuvent être transférés des luo mai vers les canaux primaires et les organes internes, s’ils ne sont pas traités quand ils se trouvent dans les luo mai. Les classiques ne disent pas que les luo mai peuvent transférer le qi et le sang pour équilibrer les canaux principaux et les organes internes.

2. Le Nei Jing déclare que les points luo traitent les pathologies des luo mai. Il décrit clairement le trajet des luo mai et les conditions qui s’y rattachent. Le Nei Jing ne dit pas qu’ils traitent les organes internes. Le Ling Shu indique clairement que pour traiter les affections des canaux principaux et des organes internes, il faut traiter les points des canaux principaux. Il n’est pas question d’utiliser les points luo. Les chapitres 9 et 10 du Ling Shu présentent une méthode sophistiquée basée sur le pouls (méthode Renying cunkou ) pour diagnostiquer l’atteinte des canaux principaux et évaluer le résultat de leur traitement. La présentation des luo mai dans le Ling Shu décrit clairement les différences entre les luo mai et les canaux principaux. Une différence importante est que la dysfonction des luo mai ne peut pas être détectée par le pouls. Morant utilise le pouls pour mesurer s’il existe un déséquilibre dans les canaux appariés Yin-Yang et si les points luo doivent être utilisés; il diagnostique les canaux principaux et utilise le point luo pour les traiter. Le Ling Shu est pourtant très clair : lorsqu’il existe un déséquilibre dans le pouls le traitement consiste à traiter les canaux principaux.

3. Le Nei Jing ne mentionne pas les luo mai transversaux mais donne simplement une description des luo mai. […] Les agents pathogènes présents dans les luo mai peuvent pénétrer dans les canaux principaux et les organes internes. Appliquer un traitement des luo mai supprime les agents pathogènes. Tenter de transférer le qi et le sang à travers les luo mai peut faire pénétrer les agents pathogènes vers la profondeur et aggraver la condition du patient.

4. Morant dit qu’un canal doit être en excès et son canal couplé Yin-Yang déficient pour traiter le point luo. La méthode consiste à renforcer le point luo sur le canal déficient. Cela diffère de la méthode utilisée dans le Zhen Jiu Da Cheng, qui consiste à traiter le point source sur le canal dysfonctionnel et le point luo sur le canal apparié. Cela aurait du sens car le point source influence les canaux principaux et les organes internes. Comme Yang Jizhou n’indique aucune technique de poncture, nous pouvons supposer qu’il pensait que le praticien saurait s’il faut renforcer ou réduire. Selon Morant, le renforcement du point luo déficient se traduira par un équilibrage entre les deux canaux appariés dans la relation Biao-Li. Cette méthode diverge de l’application clinique de Yang Jizhou.

5. Morant ne traite pas les luo mai et leur pathologie. Comme chez Yang Jizhou, cela conduit à l’utilisation régulière des points luo pour traiter les affections des organes internes et des canaux principaux.

Une question se pose alors : s’il existe une déficience du qi du Poumon, traiteriez-vous le point luo, le point Yuan, le point mu antérieur, le point bei shu ou le point de réunion du Qi (Ren 17) ? Pourquoi P7 serait-il plus efficace que ces autres points?

6. Selon le Ling Shu, la méthode de traitement des luo mai consiste à saigner les points luo, afin d’expulser l’agent pathogène du corps. Morant n’utilise pas la saignée mais poncture les points luo.

7. Morant présente un cas clinique : il suggère de traiter l’intestin grêle par le cœur. C’est également l’orientation du chapitre 9 du Ling Shu. Cependant, ce traitement concerne les canaux principaux et non les collatéraux . Il semble que Morant applique aux luo un plan de traitement conçu pour les canaux principaux. Le chapitre 9 suggère également de poncturer les canaux principaux couplés avec une stratégie de poncture en trois points : deux dispersions et une tonification; ou deux tonifications et une dispersion. Morant suggère de renforcer le point luo sur le canal déficient puis, si ce traitement ne fonctionne pas, d’essayer de disperser le point luo sur l’organe en excès. Il présente un traitement différent de celui du Zhen Jiu Da Cheng et du Ling Shu.

Le Dr. Nguyen Van Nghi (NVN) est né au Vietnam et est l’un des plus grands érudits, écrivains, enseignants et praticiens des temps modernes. Beaucoup de ses théories et applications cliniques sont la source de l’enseignement de nombreuses écoles en Europe et aux États-Unis. NVN était un médecin allopathe. Il a étudié la médecine chinoise après avoir pratiqué la médecine occidentale. NVN collabore avec des praticiens français comme le Dr Albert Chamfrault, qui a perpétué la tradition de Morant. À travers cette collaboration, il apparaît que NVN intégre une partie du langage utilisé par Morant dans sa propre explication de la médecine chinoise. Chamfrault et NVN développent la théorie de Morant sur les luo transversaux et le transfert du qi en utilisant les points luo et les points yuan. Le transfert se fait par le collatéral transversal (comme cela a déjà été mentionné, aucun texte médical chinois classique ne mentionne de branches luo transversales.)

Chamfrault et NVN utilisent le chapitre 63 du Su Wen pour soutenir la théorie du transfert. Le chapitre 63 décrit comment les agents pathogènes contenus dans les collatéraux peuvent être transportés à travers le corps et présente une méthode de poncture spéciale, Miu Ci, pour traiter certains cas spécifiques du côté opposé à l’origine de la maladie. Ce transfert d’agents pathogènes à travers le corps peut avoir conduit Chamfrault et NVN à élargir l’opinion de Morant selon laquelle les points yuan et luo peuvent transférer le qi et le sang dans le système des canaux, et que c’est le luo mai transversal qui constitue la voie de transfert du qi et du sang.

Cette vue ignore une compréhension essentielle des luo mai : ils sont utilisés pour éliminer les agents pathogènes du corps par la micro-saignée. Si les agents pathogènes ne sont pas supprimés, ils peuvent pénétrer dans les canaux principaux et les organes internes et dans toutes les zones du corps dans lesquelles ils se déplacent.

Le chapitre 63 du Su Wen est utilisé pour soutenir de nouvelles idées dans la pratique de l’acupuncture. Le chapitre 63 indique: “Lorsqu’un agent pathogène envahit le corps, il pénètre d’abord dans la peau. S’il persiste et n’est pas traité, il ira dans les petits luo. Si l’agent pathogène n’est pas expulsé des petits luo, il se rendra aux luo principaux. Si l’agent pathogène n’est pas traité, il s’écoulera dans les canaux principaux, puis dans les cinq organes zang, puis dans les intestins et l’estomac. L’agent pathogène peut maintenant affecter toutes les zones du corps.”

Ce passage décrit le transfert d’agents pathogènes des luo mai vers les canaux principaux puis vers les organes internes. Le transfert du qi et du sang de la manière proposée par Chamfrault et NVN est une idée entièrement nouvelle dans la médecine chinoise. La théorie est enracinée dans le Zhen Jiu Da Cheng, adaptée par Morant et élargie par Chamfrault et NVN.

Chamfrault et NVN construisent leur propre théorie qui ne possède de justification dans aucun des anciens classiques de la médecine chinoise.

NVN diffère de Morant en ce qu’il suggère de toujours traiter les combinaisons luo et source. Il dit que le canal transversal va du point luo au point source. En outre, Morant et NVN suggèrent que les conditions les plus diverses des canaux et des organes peuvent être traitées par cette méthode. La création de la théorie des luo transversaux est une tentative d’explication du fonctionnement de la combinaison des points yuan-luo du Zhen Jiu Da Cheng.

Résumé des enseignements du Dr. Nguyen Van Nghi

NVN indique qu’il existe deux types de collatéraux. Les premiers sont les voies présentées dans le Ling Shu. Il les appelle les collatéraux longitudinaux. Il dit qu’il y a aussi des chemins allant du point luo au canal apparié Yin-Yang. Ces voies sont appelées les collatéraux transversaux. Cette théorie appuie la thèse de Morant sur le transfert du qi et du sang. Mais contrairement à Morant, NVN utilise la combinaison yuan-luo du Zhen Jiu Da Cheng, avec transfert de qi et de sang entre ces deux points par le biais de la voie du luo transversal.

Les classiques présentent la théorie selon laquelle les luo mai sont situés au niveau de la couche superficielle du corps et sont traités à l’aide de la saignée afin d’expulser le ou les agents pathogènes. Si les agents pathogènes ne sont pas expulsés ils peuvent être transférés aux canaux principaux et aux organes internes. Le Ling Shu décrit minutieusement les fonctions et les symptômes des canaux principaux et les distingue des symptômes des luo mai.

Le Ling Shu recommande des plans de traitement qui équilibrent les canaux principaux et les organes internes. Morant dit que la source de la théorie yuan-luo se trouve dans le Zhen Jiu Da Cheng. Il dit avoir découvert dans sa pratique clinique que le traitement du point luo seul pouvait efficacement équilibrer les canaux couplés dans la relation Biao-Li. Dans sa théorie, il influence par le traitement des points Luo non seulement les luo mai mais aussi les canaux principaux et les organes internes.

NVN élargit la théorie de Morant et dit que les collatéraux transversaux sont issus des canaux appariés Yin-Yang. Sa théorie est qu’il existe un transfert du luo mai aux canaux principaux et aux organes internes. Il en conclut que les points luo représentent les connexions aux collatéraux et que les points yuan représentent les connexions aux canaux primaires et aux organes internes. Cette hypothèse ne se trouve pas dans le Huang Di Nei Jing. Nous devrions être prudents et éviter de transférer des agents pathogènes vers les canaux principaux et les organes internes. Une explication claire serait nécessaire pour savoir quand ne pas utiliser cette méthode.

Conclusion

Le Ling Shu présente les Luo Mai et les conditions qu’ils traitent. Le Zhen Jiu Da Cheng présente une nouvelle combinaison de points yuan-luo appelée hôte-invité. Le Zhen Jiu Da Cheng recommande de traiter le point source du canal dysfonctionnel et le point luo de son canal couplé Yin-Yang et indique que ces combinaisons peuvent traiter les atteintes des 12 canaux. Dans cette méthode, le point luo peut traiter les canaux principaux et les organes internes. Le Da Cheng ne spécifie pas de technique de poncture particulière et ne donne aucune indication sur ce que le point luo traite et sur ce que le point yuan traite comme symptôme. Il ne décrit pas de théorie sur le fonctionnement de cette méthode et ne discute pas de la façon dont cette combinaison de points pourrait être meilleure que celle qui consiste à traiter les points des canaux principaux. […]

NVN développe les théories de Morant. Il indique que les luo mai possèdent deux branches: la première est la branche longitudinale et la seconde est la branche transversale.

Ce sont des termes inventés par des praticiens français et NVN. NVN définit leur fonction: il propose que le luo transversal est l’endroit où se produit un transfert du qi et du sang dans le luo mai. Cette hypothèse est absente dans les classiques de la médecine chinoise.

Le Ling Shu dit clairement que les agents pathogènes peuvent être transférés du luo mai aux canaux principaux et aux organes internes (et dans certains cas dans l’ensemble du corps).

NVN diverge de cette compréhension classique des luo mai et indique que le praticien peut transférer le qi et le sang à travers les canaux luo transversaux.

Le Ling Shu recommande clairement aux praticiens d’utiliser les canaux principaux appariés dans la relation Yin-Yang pour transférer qi et sang afin de traiter les canaux principaux et les organes internes. Morant et NVN divergent de cette orientation thérapeutique du Ling Shu.

Le Ling Shu déclare que les luo mai peuvent expulser les agents pathogènes du corps et que la méthode consiste à faire saigner.

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