Les 7 Arts “libératoires”

Gramm loquitur, Dia verba docet, Rhet verba colorat, Mus canit, Ar numerat, Geo ponderat, Ast colit astra.

La Grammaire parle, la Dialectique enseigne, la Rhétorique colore les mots, la Musique chante, l’Arithmétique compte, la Géométrie pèse, l’Astronomie s’occupe des astres.

Scholastique : Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson

Platon (Πλάτων / Plátôn [platɔːn]) nous propose une méthode de découverte et d’étude du monde sensible composée de sept disciplines. La maîtrise de ces sept disciplines permet à chaque être humain de distinguer la réalité de la fiction.

Cette méthode à pour but de nous nous apprendre comment penser plutôt que de nous apprendre quoi penser.

Ces disciplines ou arts libéraux se divisent Trivium et Quadrivium.

Le Trivium ou “trois chemins” ou “trois voies ou matières d’études” en latin, concerne le “pouvoir de la langue” (expression, raisonnement, persuasion et séduction). Il se divise en grammaire, dialectique, rhétorique.

Le Quadrivium, ou “quatre chemins” ou “quatre voies au-delà du trivium”, se rapporte au “pouvoir des nombres”. Il se compose de l’arithmétique, la musique, la géométrie, l’astronomie.

Un fragment conservé du pythagoricien Archytas (vers 360 av. J.-C.) témoigne de l’existence de cette idée dans l’enseignement de Pythagore. Fragment 1 d’Archytas :

Les mathématiciens, à mon avis, savent bien discerner et comprendre comme il faut (et cela n’est nullement surprenant) la nature de chaque chose (…). Aussi, touchant la vitesse des astres, de leur lever et de leur coucher, nous ont-ils donné une connaissance claire, tout autant qu’en géométrie plane, en arithmétique et en sphérique, sans oublier non plus la musique. Car ces sciences semblent sœurs, puisqu’elles s’occupent des deux premières formes de l’être, qui sont elles-mêmes sœurs.

Porphyre, Commentaire sur les Harmoniques de Claude Ptolémée

Platon évoque dans La République un rapprochement entre ces sciences : science des nombres, géométrie plane, géométrie des solides, science des mouvants.

Il parle de l’astronomie et de l’harmonique comme «sciences sœurs », en expliquant que l’astronomie est faite pour les yeux comme l’harmonique est faite pour l’ouïe.

Il met en relation l’harmonie des sphères avec les orbites célestes (l’harmonie des sphères ou Musique des Sphères est une théorie d’origine pythagoricienne, fondée sur l’idée que l’univers est régi par des rapports numériques harmonieux, et que les distances entre les planètes dans la représentation géocentrique de l’univers — Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne, sphère des fixes — sont réparties selon des proportions musicales, les distances entre planètes correspondant à des intervalles musicaux).

Cette harmonie des sphères n’est pas seulement présente chez Platon. On la trouve aussi dans le Tripityaka :

Le moine, (…) avec cette claire, céleste oreille surpassant l’oreille des hommes, entend à la fois les sons humains et les sons célestes, fussent-ils éloignés ou proches.

Tripityaka, Sutta-pitaka, I : Dîgha-nikâya, 2 : Sâmañña-phala-sutta, 87

Dans le Gorgias, Platon parle des « sages » qui, voyant le lien qui unit la terre et le ciel, les dieux et les hommes, ont donné au Tout le nom de kosmos (ordre, arrangement) …

En maîtrisant ces sept arts libéraux, chaque homme devient capable de distinguer la réalité de la fiction.

Les ‘arts libéraux trouvent leur origine chez Porphyre dans “Sur le retour de l’âme” (vers 270).

Saint Augustin dans “Sur l’ordre” montre comment la raison engendre la grammaire, puis la dialectique, la rhétorique. Pour accéder à Dieu vient ensuite la géométrie, l’astronomie et l’arithmétique.

Martianus Capella, dans les “Noces de Philologie et de Mercure” (vers 410-439), expose les présente sous la forme d’une allégorique. Mercure offre sept cadeaux à Philologie : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie, harmonie.

Boèce († 524) définit le contenu du quadrivium, il invente le mot dans L’institution arithmétique (vers 505-507). La « quadruple voie » regroupe les disciplines scientifiques : arithmétique, musique, astronomie et géométrie.

Cassiodore, dans “Les institutions divines et humaines” (vers 560-580), développe le trivium qui regroupe les disciplines littéraires : grammaire, dialectique, rhétorique.

La figure ci-dessous présente le Trivium et le Quadrivium dans un triangle de Pythagore.

Le Trivium comprend trois phases:

1. Rassembler méthodiquement des données brutes et factuelles à travers nos 5 sens, dans un ensemble cohérent de connaissances. Le mot grec grammatikē signifie «art des lettres», gramma signifie «lettre de l’alphabet» ou «chose écrite». Le premier art du Trivium nous permet d’écrire la réalité.

2. Acquérir une compréhension de cet ensemble cohérent en éliminant systématiquement toutes les contradictions révélées en son sein. Le mot grec dialektikē signifie «art du débat». Le deuxième art du Trivium concerne le débat intérieur, la réflexion qui permet d’atteindre la compréhension et de réfuter les erreurs logiques. Le seul arbitre de ce débat est la logique formelle.

3. Exprimer et utiliser ces connaissances de façon pragmatique et utile dans la réalité. Le troisième art du Trivium, la Rhétorique classique concerne l’expression et l’utilisation de la connaissance, c’est à dire le faire.

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