La place des canaux dans l’environnement du 三焦Sān jiāo selon l’enseignement du Dr. Wang Ju Yi

Le Dr. Wang Ju Yi élargit la définition du San Jiao pour y inclure tous les « espaces » du corps. D’après le Dr Wang, tous les canaux principaux résident dans le San Jiao. Il fonde principalement son argument sur les théories du Nan Jing.

Par exemple, Nan Jing, chapitre 66: “le san jiao est la voie du Yuan Qi”; Nan Jing, chapitre 38: “le san jiao possède un nom mais pas de forme.”; Nan Jing, chapitre 38: “san jiao diffuse Yuan Qi et permet la production des autres Qi.”

Dans le neijing, le san jiao possède une définition précise.

Nous pouvons lire :

三焦者決瀆之官⽔道出焉
sān jiāo zhě jué dú zhī guān shuǐ dào chū yān
Les trois brûleurs (sānjiāo) sont les responsables de l’irrigation des fossés; les voies de circulation de l’eau (shuǐdào) en émanent.

Su Wen, chapitre 8

三焦者中瀆之府也⽔道出焉
sān jiāo zhě zhōng dú zhī fǔ yě shuǐ dào chū yān
Les trois brûleurs (sānjiāo) sont les fonctionnaires en charge des fossés centraux; les voies de circulation de l’eau (shuǐdào) en émanent.

屬膀胱是孤之府也
shǔ páng guāng shì gū zhī fǔ yě
Ils appartiennent à la vessie; ils sont un organe fǔ orphelin.

Ling Shu, chapitre 2

脾胃⼤腸⼩腸三焦膀胱者倉廩之本營之居也名曰器能化糟粕轉 味⽽入出者也
pí wèi dà cháng xiǎo cháng sān jiāo bǎng guāng zhě cāng lǐn zhī běn yíng zhī jū yě míng yuē qì néng huà zāo pò zhuǎn wèi ér rù chū zhě yě
Le pancréas, l’estomac, le gros intestin, l’intestin grêle, les trois brûleurs, et la vessie sont les racines (běn) des entrepôts et des greniers (cānglǐn). Ils sont la résidence de l’aspect nutritif (yíng). Ensemble, ils sont appelés vaisseaux (qì). Ici les eaux usées et les déchets (zāopò) sont transformés (huá), les saveurs y entrent et en émergent.

Su Wen, chapitre 9

夫胃⼤腸⼩腸三焦膀胱此五者天氣之所⽣也
fū wèi dà cháng xiǎo cháng sān jiāo páng guāng cǐ wǔ zhě tiān qì zhī suǒ shēng yě
L’ estomac, le gros intestin, l’intestin grêle, les trois brûleurs, et la vessie proviennent du qì du ciel.

其氣象天故寫⽽不藏
qí qì xiàng tiān gù xiě ér bù cáng
Leur image qì se trouve dans le ciel, ainsi ils drainent mais ne stockent pas.

此受五藏濁氣
cǐ shòu wǔ zàng zhuó qì
De cette façon, ils reçoivent le qì trouble (zhuóqì) pour les cinq organes zàng.

名曰傳化之府
míng yuē chuán huà zhī fǔ
On les appelle les fǔ de la transmission (chuán) et de la transformation (huà).

此不能久留輸寫者也
cǐ bù néng jiǔ liú shū xiě zhě yě
De cette façon, les choses qu’ils transportent ne peuvent pas rester au même endroit mais doivent être transportées et drainées vers le bas.

Su Wen, chapitre 11

Toujours d’après le neijing, le San Jiao se compose de 3 environnements distincts situés dans le torse qui possède chacun une fonction spécifique : Shang Jiao = brume, distribution, Zhong Jiao = fermentation, Xia Jiao = drainage, élimination.

⿈帝曰善余聞上焦如霧中焦如漚下焦如瀆
huáng dì yuē shàn yú wén shàng jiāo rú wù zhōng jiāo rú òu xià jiāo rú dú
L’Empereur Jaune dit : « Bien, j’ai entendu que le brûleur supérieur est comme une brume; le brûleur moyen est comme un endroit où les choses macèrent et bouillonnent; le brûleur inférieur est comme un fossé d’irrigation …

Ling Shu, chapitre 18

La suite du chapitre 18 est édifiante quand à la nature concrète du san jiao dans la physiologie classique :

帝曰願聞三焦之所出
huáng dì yuē yuàn wén sān jiāo zhī suǒ chū
L’Empereur Jaune dit : « Je souhaite entendre où les trois brûleurs émergent.»

歧伯荅曰上焦出于胃上⼜
qí bó dá yuē shàng jiāo chū yú wèi shàng kǒu
Qíbó répondit: « Le réchauffeur supérieur émerge dans la région de la bouche supérieure de l’ estomac.

並咽以上貫膈⽽布胸中
bìng yàn yǐ shàng guàn gé ér bù xiōng zhōng
Il rejoint l’œsophage et monte pour passer par le diaphragme et se diffuser dans le centre thoracique (xiōngzhōng).

⾛腋循太陰之分⽽⾏還至陽明
zǒu yè xún tài yīn zhī fēn ér xíng huán zhì yáng míng
En passant dans la fosse axillaire, il longe les divisions de la partie supérieure du tàiyīn; il retourne alors en arrière pour rejoindre le yángmíng.

上至⾆
shàng zhì shé
Au dessus, il rejoint la langue.

下⾜陽明
xià zú yáng míng
En dessous, il rejoint le zu yángmíng. »

⿈帝曰願聞中焦之所出
huáng dì yuē yuàn wén zhōng jiāo zhī suǒ chū
L’Empereur Jaune dit : « Je souhaite entendre où le brûleur moyen émerge. »

歧伯荅曰中焦亦並胃中
qí bó dá yuē zhōng jiāo yì bìng wèi zhōng
Qíbó répondit: « Le brûleur moyen émerge également au niveau du centre de l’estomac.

出上焦之後此所受氣者
chū shàng jiāo zhī hòu cǐ suǒ shòu qì zhě
Émergeant de derrière le brûleur supérieur, il reçoit le qì.

泌糟粕蒸津液化其精微
mì zāo pò zhēng jīn yè huà qí jīng wēi
Il sécrète les lies fermentées (zāopò) et vaporise les fluides minces (jīn) et épais (yè) afin de transformer (huà) l’essence subtile (jīng).

上注于肺脈乃化⽽為⾎以奉⽣身
shàng zhù yú fèi mài nǎi huà ér wéi xuè yǐ fèng shēng shēn
En montant, il se déverse dans le fleuve (mài) du poumon et cette transformation (huà) crée le sang qui nourrit le corps.

莫貴于此故獨得⾏于經隧命曰營氣
mò guì yú cǐ gù dú de xíng yú jīng suì mìng yuē yíng qì
Rien n’est plus précieux, [le sang] circule donc seul dans les tunnels axiaux (jīngsuì); ici, on l’appelle qì nutritif (yíngqì). »

⿈帝曰願聞下焦之所出
huáng dì yuē yuàn wén xià jiāo zhī suǒ chū
L’Empereur Jaune dit : « Je souhaite entendre où le brûleur inférieur émerge ».

歧伯荅曰下焦者別迴腸
qí bó dá yuē xià jiāo zhě bié huí cháng
Qíbó répondit: « Le brûleur inférieur se sépare dans la région où les intestins font demi-tour.

注于膀胱⽽滲入焉
zhù yú páng guāng ér shèn rù yān
De là, il se déverse dans la vessie et s’infiltre à l’intérieur.

故⽔穀者常并居于胃中成糟粕
gù shuǐ gǔ zhě cháng bìng jū yú wèi zhōng chéng zāo pò
Ainsi, l’eau et les grains (shuǐgǔ) se combinent normalement dans l’ estomac et deviennent les lies fermentées (zāopò).

⽽俱下于⼤腸⽽成下焦滲⽽俱下濟泌
ér jū xià yú dà cháng ér chéng xià jiāo shèn ér jū xià jì mì
Puis elles descendent vers le gros intestin où elles s’infiltrent et rejoignent les régions inférieures du système urinaire.

別汁循下焦⽽滲入膀胱焉
bié zhī xún xià jiāo ér shèn rù páng guāng yān
Là, les jus se séparent et passent dans le brûleur inférieur où ils s’infiltrent dans la vessie.’ »

Ling Shu, chapitre 18

Le san jiao possède également un fleuve mai dont la description et la symptomatologie sont données au chapitre 10 du Ling Shu :

三焦⼿少陽之脈起于⼩指次指之端
sān jiāo shǒu shǎo yáng zhī mài qĭ yú xiǎo zhĭ cì zhĭ zhī duān
Le fleuve (mài) des trois brûleurs (sānjiāo) du shaoyáng de main, débute à la pointe du quatrième doigt.

上出兩指之間循⼿表腕出臂外兩骨之間
shàng chū liǎng zhĭ zhī jiān xún shǒu biǎo wàn chū bèi wài liǎng gú zhī jiān
Il monte pour émerger entre les quatrième et cinquième doigts, s’écoule le long de la surface de la main et du poignet puis émerge sur la face externe de l’avant-bras entre les deux os.

上貫肘循臑外上肩⽽交出⾜少陽之後
shàng guàn zhǒu xún rú wài shàng jiān ér jiāo chū zú shǎo yáng zhī hòu
II monte à travers les coudes, s’écoule le long du bord externe des bras jusqu’aux épaules où il croise et émerge derrière le zú shaoyáng.

入缺盆布膻中散落⼼包
rù quē pén bù dàn zhōng sǎn luò xīn bāo
Il entre dans le bassin ouvert (quēpén), s’étend (bù) à travers le centre dàn (dànzhōng) puis se propage (sǎn) à travers xīnbāo.

下膈循屬三焦
xià gé xún zhǔ sān jiāo
Il descend à travers le diaphragme, s’écoule à côté et rejoint (zhǔ) les trois brûleurs (sānjiāo).

Ling Shu, chapitre 10

Ce canal est bien sur couplé au shou jue yin dans le relation biao-li :

⼼主⼿厥陰⼼包絡之脈起于胸中
xīn zhŭ shǒu jué yīn xīn bāo luò zhī mài qĭ yú xiōng zhōng
Le fleuve (mài) du xīnbāoluò émerge dans le centre thoracique (xiōngzhōng).

出屬⼼包絡
chū zhǔ xīn bāo luò
Il émerge pour rejoindre (zhǔ) le xīnbāoluò.

下膈歷絡三膲
xià gé lì luò sān jiāo
Il descend à travers le diaphragme, passe le long et se connecte en filet avec les trois brûleurs (sānjiāo).

Ling Shu, chapitre 10

⼿少陽外合于漯⽔
shǒu shǎo yáng wài hé yú tà shuĭ
A l ’extérieur du corps, le shǒu shaoyáng correspond aux modèles du fleuve Tà (tàshuĭ).

內屬于三焦
nèi zhǔ yú sān jiāo
A l’intérieur du corps, il se joint (zhǔ) aux trois brûleurs (sānjiāo).

Ling Shu, chapitre 12

Ma question est donc la suivante : faut-il vraiment envisager d’inclure les théories du Nan Jing dans notre étude des classiques ?

Le Dr Wang donne la définition suivante des canaux :

  1. Un réseau qui relie les organes à l’extérieur du corps, les organes les uns aux autres.
  2. Un système qui intègre toute les parties du corps.
  3. Une voie de communication pour la physiologie et le développement des maladies.
  4. Un système qui retient et fait circuler l’information.
  5. Les canaux sont les espaces entre les structures anatomiques du corps.

Tout cela est parfaitement correct du point de vue du neijing mais son hypothèse concernant le san jiao est erronée.

En effet, selon le neijing, les “espaces” entre les structures du corps ne sont pas équivalentes au San Jiao et par voie de conséquence, les canaux principaux ne résident pas dans le San Jiao.

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