La notion de résonance en médecine chinoise classique

Lors de mes formations j’insiste souvent sur la nécessité de traiter selon le principe de résonance différentes parties du corps ou de réaliser des traitements à trois niveaux (Xing, Qi et Shen) basés sur notre analyse des relations entre les 5 phases.

Tous les tissus et tous les organes du corps maintiennent en permanence une relation synchrone avec la fréquence cardiaque. C’est à dire que chaque tissu, chaque organe, n’attend pas passivement l’arrivée du sang mais s’active à maintenir une activité synchrone avec la fréquence du cœur afin de pouvoir absorber spontanément le sang qui les nourrit. Ce phénomène de résonance coordonnée des tissus et du cœur humain est une des manifestations du Qi que l’on appelle principe harmonique de résonance en physique.

Le corps entier est un résonateur. Les points d’acupuncture, les canaux (méridiens) et les Zang Fu sont des cavités résonantes. Chaque organe possède une fréquence de résonance particulière et donc un SON spécifique.
Les 5 Zang sont particulièrement importants dans le maintient de la circulation sanguine par résonance. Toute altération de la fonction et/ou de la structure d’un organe interne aura un impact important sur la circulation générale du sang dans les vaisseaux. Nous pouvons restaurer cette circulation en stimulant les points d’acupuncture et induire des effets systémiques avec relativement peu d’efforts.

Dans une artère, la progression du sang se fait selon un déroulement spiralé qui répond au nombre d’or.

La description qualitative du pouls dépendra donc du lieu où le pouls est capté. Le pouls est différencié par sa situation spatiale et selon la loi des quintes, c’est à dire selon la description de la loi d’harmonie universelle.

Dans la représentation spiralée de l’octave, celle-ci commence de façon linéaire avec Do-Ré-Mi. Un ralentissement entre Mi et Fa amène un changement de direction. Puis les vibrations continuent avec Fa-Sol-La-Si dans une nouvelle progression linéaire. Entre Si et Do un nouveau ralentissement provoque un second changement de direction. Ce passage à l’ octave propage le processus d’enroulement.

Dans la génération des quintes, il faut douze quintes, soit sept octaves, pour retrouver à un comma près, le point de départ (i.e., si on monte 12 quintes pures successives à partir du do° – sol° – ré1 – la1 – mi2 – si2 – fa#3 – do#4 – sol#4 – ré#5 – la#5 – mi#6 – si#6, on obtient une note, si#6, qui n’est pas l’octave du “do7”. Si maintenant on monte de 7 octaves pures do° – do1 – do2 – do3 – do4 – do5 – do6 – do7, ce do7 est plus bas que le si#6 d’une valeur que l’on appelle Comma Pythagoricien).

La “gamme” de Pythagore est une gamme de “puissances” qui ne consiste pas à diviser l’octave mais où les intervalles sont formés par cette succession de quintes pures que l’on peut représenter sous la forme d’un enroulement spiralé. Ce phénomène physique est régi par le nombre d’Or.

Le mouvement sanguin est pulsé par les contractions cardiaques alors qu’en même temps une vibration du « son » parcourt la paroi artérielle, mais à une vitesse beaucoup plus rapide que le sang lui-même.

Il faut imaginer cette vibration comme une vibration électrique circulant selon un axe vertical, accompagné de la vibration magnétique perpendiculaire bien connue qui l’accompagne. Le lieu de jonction entre l’onde électrique et l’onde magnétique est « l’onde porteuse » ou onde gravitationnelle.

Animation montrant une antenne dipôle demi-onde recevant de l’énergie d’une onde radio. L’onde électromagnétique, venant de la droite, est représentée par son champ électrique (E, flèches vertes). Le champ électrique oscillant exerce une force sur les électrons dans les tiges de l’antenne, les faisant aller et venir dans les courants (flèches noires) entre les extrémités des tiges de l’antenne, chargeant les extrémités de l’antenne alternativement positive (+) et négative (- ).
L’antenne excite les ondes stationnaires de tension (V, rouge) et de courant dans l’antenne. La tension le long des éléments d’antenne est représentée graphiquement par une bande rouge dont l’épaisseur à tout point est proportionnelle à l’amplitude de la tension. Les ondes radio de tension et le courant descendent le long de la ligne de transmission et sont absorbées dans la résistance.

L’onde sonore du pouls est analogue à ce phénomène. Je dis « sonore » car à l’auscultation il y a bien un « son » du corps.

Dans le Huang Di Nei Jing le corps est comparé à un instrument de musique. Le système des 12 antennes vasculaires que sont les méridiens est comparé à un instrument de musique qui doit être accordé pour pouvoir jouer la « musique céleste ».

La musique est le mouvement du cœur. La musique est la fleur de la vertu. Ciel et terre ensemble résonnent, voilà l’harmonie du ciel et de la terre. 

Confucius, Mémorial des rites (Liji)

Chaque antenne, chaque corde, doit entrer en résonance avec le champ de Qi produit par l’activité électrique du Cœur. Cette activité électrique dépend à son tour de facteurs électromagnétiques cosmiques associés aux mouvements des corps célestes. On ne différentie pas les causes des maladies, mais on cherche simplement à  « ré-accorder » l’instrument du patient pour restaurer la fonction normale des viscères.

La musique serait donc le lien établissant l’harmonie entre l’homme, le ciel et la terre.

On utilise la gamme pentatonique et les 12 tubes sonores comme métaphore de l’activité fonctionnelle des 5 Zang et des 12 canaux/méridiens principaux. La théorie des 12 tubes sonores paraît, en Chine, aussi ancienne que la littérature savante.

Sima Qian lui a consacré un important chapitre où sont indiquées les imbrications de la classification par 12 [12 Tubes et 12 Mois] et de la classification par 8 [8 Vents et 8 Trigrammes] (12 x 2 = 24 = 8 x 3).

Tout ce que nous entendons
Nous porte bonheur ou malheur
La musique ne devrait pas être
Exécutée inconsidérément  

Si Ma Qian

Il est dit que c’est Ling Lun, un fonctionnaire chargé de la musique, qui sous les ordres de l’empereur Huang Di, inventa les 12 lü en utilisant la méthode de « gain et réduction d’un tiers » et en imitant le chant du phénix avec une flute en bambou (un couple de phénix vint à se poser, puis le mâle émit six notes et fut imité par la femelle). Symboliquement, les 12  correspondent aux douze lunes, douze mois, douze heures, douze canaux …

Le son produit par une flûte de 9 pouces est « huangzhong ». Huang est la couleur jaune, couleur de la Terre, Zhong signifie « produit par l’air ».

LuLu, flûte en os à 7 trous découverte dans les ruines de JiaHu, province du HeNan.

En coupant 1/3 de huangzhong on obtient linzhong. C’est la méthode de réduction d’un tiers. En allongeant linzhong d’un tiers on obtient taicu; c’est la méthode de gain d’un tiers. Après 12 additions et soustractions on obtient le note la plus haute zhonglü (si on continue le processus pour zhonglü on obtient une note qui est juste une octave plus haut que huangzhong ).

Tiré du support de cours “SÉMINAIRE 1 – Cosmologie, astrologie, numérologie et médecine du YI ” – https://medecinechinoiseclassique.fr/formations/fondements-cosmologiques-astrologie-numerologie-et-medecine-du-yi-3-jours

Si on arrange ensuite les longueurs obtenues d’après le principe de « rotation à gauche par 8, rotation à droite par 6 », puis « rotation à droite par 8, rotation à gauche par 6 », on obtient les 12 notes de la plus basse à la plus haute.

Chaque note peut servir de référence à quatre autres pour former 5 notes : gong, shang, jiao, zhi et yu en termes de hauteur; en termes de génération dans les wu xing l’ordre est gong, zhi, shang, yu et jiao.

L’attribution des tubes aux différents mois illustre la croissance continue du Yang à partir du solstice d’hiver. Sur la rose à 12 vents, où est marquée l’orientation des mois et des tubes, les tubes se succèdent donc à partir du plein Nord par ordre de grandeur décroissante.


Les nombres en chiffres romains désignent les mois.
Les nombres en chiffres arabes indiquent la longueur des tubes sonores.
Les signes 1°, 2°, indiquent le rang des tubes dans l’ordre de leur création.
On a figuré dans un rond le nombre indiquant les dimensions que devraient avoir les 2°, 4° et 6° tubes si la note émise par eux n’était pas abaissée d’une octave.
Illustration tirée de “La pensée chinoise” de Marcel Granet.

Huangzhong est pris comme origine des 4 autres notes, càd, huangzhong = gong, taicu = shang, guxi = jiao, linzhong = zhi et nanlü = yu (résultat de l’addition/soustraction d’un tiers). Si linzhong = gong alors nanlü = shang, yingzhong = jiao, taicu = zhi et guxi = yu. La reste se déduit par analogie.

Ainsi quand huangzhong démarre linzhong répond, quand dalü démarre yize répond etc … on dit que « les sons de la même catégorie se font mutuellement echo ».

Tiré du support de cours “SÉMINAIRE 1 – Cosmologie, astrologie, numérologie et médecine du YI ” – https://medecinechinoiseclassique.fr/formations/fondements-cosmologiques-astrologie-numerologie-et-medecine-du-yi-3-jours

De ces 12 liu est tirée la gamme pentatonique : après quatre progressions de quintes, on obtient cinq notes, qui forment, en les mettant à leur place dans une octave, la gamme pentatonique.

Le wusheng est le système fondamental des instruments à cordes (cithares). De cette gamme naîtront 5 modes (tiao) que l’on peut transposer sur chacun des 12 liu : ce qui donne naissance à 5×12=60 modes différents.

L’échelle de douze sons obtenus à partir de huangzhong par succession de quintes fait figure d’une répartition symbolique participant d’une organisation du monde basée sur les nombres. De même que les sept planètes évoluent dans les douze signes du zodiaque, les sept notes se meuvent dans les douze emplacements de l’octave. 

RAULT Lucie, Musiques de la tradition chinoise, Paris, coédition Cité de la musique / Actes Sud, p. 53-55.

Par exemple, huangzhong appartient à Zi et Zi possède 5 sons : jia-zi ZHI, bing-zi YU, wu-zi GONG, geng-zi JIAO et ren-zi SHANG.

Dalü appartient à Chou et Chou possède 5 sons : yi-chou, ding-chou, ji-chou, xin-chou, gui-chou. On déduit le reste par analogie.

Chaque note du LuLu décrit la qualité du Qi et la fréquence énergétique des douze mois du cycle annuel. LuLu est également utilisé pour illustrer le rythme quotidien des douze heures de l’horloge chinoise. Dans le corps humain, ces douze mêmes fréquences existent comme les douze méridiens principaux. Les relations entre chaque branche terrestre, son LuLu et son méridien associé sont décrites ci-dessous.

Dans le cycle sexagénaire chaque combinaison possède son propre rythme musical à cinq éléments, ou Na Yin Wu Xing, couramment utilisés pour rendre compte du mouvement énergétique annuel de la nature.

Le rythme naturel du Qi est comme une chanson paisible et le système musical des Troncs Célestes et des Branches Terrestres est un moyen de mesurer et d’évaluer les schémas énergétiques du macrocosme et du microcosme.

Les 5 notes correspondent aux 5 phases : Gong appartient à la Terre, référence des 5 notes, il est guttural. Zhi est généré par Gong, il est sifflant. Shang est généré par Zhi, palatal. Yu est généré par Shang, labiale. Jiao est généré par Yu, lingual.

La couleur bleu-verte de l’Est pénètre et communique avec le foie, qui ouvre ses orifices aux yeux, et thésaurise l’essence (jing) dans le foie. Ses maladies produisent de la frayeur et des sursauts, sa saveur est l’acide, il est analogue aux plantes et aux bois, son animal est le coq, sa céréale est le blé, il correspond avec les quatre périodes, en haut il correspond avec la planète Jupiter, ainsi le qi du printemps se trouve à la tête, son son est la note jue [troisième note de la gamme pentatonique, note Mi], son chiffre est le huit. Ainsi, on sait que ses maladies sont aux tendons, son odeur est le rance [odeur forte et désagréable d’animal] .

La couleur rouge du Sud pénètre et communique avec le cœur, qui ouvre ses orifices aux oreilles, et thésaurise l’essence (jing) dans le cœur. C’est pourquoi ses maladies sont aux cinq organes, sa saveur est l’amer, il est analogue au feu, son animal est le mouton, sa céréale est le millet glutineux, il correspond avec les quatre périodes, en haut il correspond avec la planète Mars. Ainsi, on sait que ses maladies sont aux vaisseaux sanguins, son son est la note zhi [quatrième note de la gamme pentatonique, note Sol], son chiffre est le sept, son odeur est le brûlé [roussi].

La couleur jaune du centre pénètre et communique avec la rate, qui ouvre ses orifices à la bouche, et thésaurise l’essence (jing) dans la rate. C’est pourquoi ses maladies sont à la racine de la langue, sa saveur est le doux, il est analogue à la terre, son animal est le bœuf, sa céréale est le millet, il correspond avec les quatre périodes, en haut il correspond avec la planète Saturne. Ainsi, on sait que ses maladies sont dans les chairs, son son est la note gong [première note de la gamme pentatonique, note Do], son chiffre est le cinq, son odeur est le parfumé [aromatique]. 

La couleur blanche de l’Ouest pénètre et communique avec le poumon, qui ouvre ses orifices au nez, et thésaurise l’essence(jing) dans le poumon. C’est pourquoi ses maladies sont au dos, sa saveur est le piquant, il est analogue au métal, son animal est le cheval, sa céréale est le riz, il correspond avec les quatre périodes, en haut il correspond avec la planète Vénus. Ainsi, on sait que ses maladies sont à la peau et aux poils, son son est la note shang [deuxième note de la gamme pentatonique, note Ré] , son chiffre est le neuf, son odeur est le fétide [odeur puante, de viande cru].

La couleur noire du Nord pénètre et communique avec les reins, qui ouvre leurs orifices aux deux yin [les orifices uro-génitaux et anus], et thésaurise l’essence (jing) dans les reins. C’est pourquoi ses maladies sont aux torrents, sa saveur est le salé, il est analogue à l’eau, son animal est le sanglier, sa céréale est le haricot, il correspond avec les quatre périodes, en haut il correspond avec la planète Mercure. Ainsi, on sait que ses maladies sont aux os, son son est la note yu [cinquième note de la gamme pentatonique note La], son chiffre est le six, son odeur est le pourri [rassis].

Su Wen, chapitre 5 , traduction Abel Glaser.

Les 5 notes peuvent avoir deux origines. La première source est la sphère céleste : Gong est Polaris au centre du Ciel et des 28 loges lunaires; Shang est l’étoile principale du groupe de trois étoiles de la loge centrale du palais de l’Est Canglong; Jiao est la loge Jiao, Zhi est la loge Di et Yu est la loge Xun du Palais du Sud Zhuque.

Tiré du support de cours “SÉMINAIRE 1 – Cosmologie, astrologie, numérologie et médecine du YI ” – https://medecinechinoiseclassique.fr/formations/fondements-cosmologiques-astrologie-numerologie-et-medecine-du-yi-3-jours

La seconde source est la prononciation ancienne des mots Bœuf, Cheval, Faisan, Porc et Chèvre (ainsi que des sons imitant leurs cris).

“Guanzi” 《管子》, les cinq tons, “zhi, yu, gong, shang, jue” sont comparés aux sons des animaux de la ferme, du plus grave au plus aigu.

“Zhi”徵: Le Cœur-Feu a été décrit comme les grognements du sanglier [langue contre la gencive supérieure]

“Yu”羽: Les Reins-Eau comme le soupir du cheval [faire la moue]

“Gong”宮: La Rate-Terre comme l’appel de la vache [la langue au milieu de la bouche]

“Shang”商: Le Poumon-Métal comme le cri du mouton [ouvrir la bouche]

“Jue”角: Le Foie-Bois comme le cri du faisan [la langue recule à l’arrière de la bouche]

Commentaires

  1. ROSE londot says:

    C est génial

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