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Interview du Dr Wu Sheng’an

Le docteur Wu Sheng’an est un médecin généraliste de formation classique qui combine encore de nombreuses compétences traditionnelles quasiment impossibles à trouver chez une seule et même personne aujourd’hui en Chine  : chrono-acupuncteur, récolteur et préparateur de plantes médicinales, expert en médecine interne et spécialisé dans les maladies récalcitrantes, maître de Taiji et actif partisan de l’éthique médicale de Sun Simiao.

La médecine traditionnelle chinoise étant de plus en plus standardisée et alignée sur les procédures diagnostiques et thérapeutiques de la médecine occidentale, il est un ardent défenseur du fait que le véritable rétablissement ne peut provenir que de traitements stimulant la capacité intrinsèque du corps à se guérir. Cet usage de l’intelligence intrinsèque de la nature dans ses traitements fait de lui l’un des cliniciens chinois les plus efficaces.

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Interview

Rencontre avec Jean Sylvain Prot (1ère partie)

Cet article à été initialement rédigé par Lionel Silberman, auteur du blog “Une danse dans le Tao”.

C’est chez lui que Jean-Sylvain me donne rendez-vous. Je l’y retrouve affairé, en pleine activité, pris dans un quotidien tourné fortement vers la Médecine Chinoise. 

Ce qui frappe de suite dans son attitude ce sont ses déplacements: énergique et vif, on voit de suite que l’individu possède au fond de lui un mouvement constant.

Nous nous installons dans son bureau, un espace particulier : discret mais aussi “dense”, rempli du même enthousiasme d’explorateur que l’on perçoit chez lui, une exploration avec l’esprit comme véhicule, et la pratique comme révélateur.

Je démarre l’entretien, curieux de l’homme et de ce qu’il a à raconter.  Je l’arrêterai deux heures plus tard … un long échange !  J’anticipais la passion et je repars conforté: Jean Sylvain est plein d’un enthousiasme contagieux, optimiste et entier.

Je découvre un esprit riche et incisif. Derrière ses opinions on perçoit un souci constant de faire au mieux, de dissiper les raideurs inutiles, de dépasser les pré-supposés. Je le voyais très dynamique: je découvre aussi un homme apaisé par son cheminement et soucieux d’un avenir qu’il envisage au collectif.

Rencontre avec un adepte du dépassement.

  Bonjour Jean-Sylvain, peux tu te présenter ?

Je m’appelle Jean-Sylvain, j’ai 45 ans, je pratique la médecine chinoise depuis une quinzaine d’années. J’ai été professeur de mathématiques, crêpier à Londres pendant un an et demi (rire) … et batteur de rock ! J’ai été également consultant en informatique pour de grosses sociétés américaines puis à mon compte pendant quelques années, avant de découvrir la Médecine Chinoise. J’ai un parcours atypique soit,  mais qui n’en a pas en médecine chinoise ?

L’extrême-orient et toi, ça commence comment ?

Essentiellement, c’est par les arts martiaux puisque j’ai pratiqué pendant 20 ans les arts martiaux coréens, puis j’ai décidé d’approfondir ma connaissance du corps en me dirigeant vers la médecine chinoise. Je considérais que ma pratique devait être avant toute chose une pratique de santé alors qu’elle était essentiellement tournée à l’époque vers la compétition sportive, ce qui est toujours plus épuisant que salutaire.

A un moment donné, je me suis dis que pour continuer à pratiquer une activité physique qui irait dans le sens de la longévité, je devais trouver une autre façon d’envisager le sport. Je devais sortir des longues séances d’entraînement tournées vers le physique, la performance, et les entraînements quasi quotidiens – 6 jours par semaine en moyenne, 4 à 6 heures par jours.

C’est à cette époque que je suis parti avec mon meilleur ami Martin Kountchev, en Corée du Nord, et j’y ai trouvé sur place un niveau de pratique bien au delà de ce que j’avais pu voir ailleurs : des athlètes vraiment extraordinaires qui semblaient invulnérables et qui ne semblaient jamais souffrir d’épuisement ni de fatigue. Je me suis donc interrogé : comment font-ils ? J’ai commencé à comprendre qu’il y avait les massages, le Qi Gong, beaucoup de préparation mentale, etc…

Pour la petite histoire, c’est ma femme qui m’a un jour apporté le fascicule d’une école de MTC. Comme cette école mettait la pratique du Qi Gong au centre de la pratique de la médecine chinoise, je me suis dit : “c’est ce qu’il me faut; pour équilibrer ma pratique personnelle, je vais aller faire de l’interne.” Et là ce fut le début de la fin (rires) : j’ai laissé tomber, après mes études, l’informatique et le sport de haut-niveau et j’ai commencé à me consacrer quasi exclusivement à l’approfondissement des concepts et à la pratique de la médecine chinoise.

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Interview

Rencontre avec Jean Sylvain Prot (2ème partie)

Cet article à été initialement rédigé par Lionel Silberman, auteur du blog “Une danse dans le Tao”.

Nous retrouvons Jean-Sylvain et finissons la partie évoquant ses années d’étude et de formation.
Nous allons ensuite aborder son point de vue actuel sur la médecine chinoise en France.
Pour finir, nous lui poserons quelques questions d’ordre général, qui déboucheront sur de vastes sujets et concluront cet entretien, riche d’informations et de réflexions.

J’espère que vous l’apprécierez comme j’ai pu apprécier de découvrir l’homme.
Souhaitons à Jean-Sylvain la réalisation des divers élans qui motivent son propre mouvement.

Dans tout ce long apprentissage, quelle a été ta plus grande difficulté en tant qu’étudiant ?

Il y en a eu deux. La première a été d’arriver à obtenir des résultats satisfaisant dans le traitement de la douleur.
Quand je suis sorti de l’école, j’ai travaillé au sein d’un gros cabinet de kinésithérapeutes au Luxembourg : j’avais donc des kinés qui m’envoyaient des patients souffrants de douleurs diverses et je faisais beaucoup de traumatologie.
Autant, avec des cas supposés difficiles de type allergies et maladies auto-immunes, j’avais des résultats, autant sur le traitement de la douleur je n’en avais pas, ça ne marchait pas. Tendinites, lombalgies, cervicalgies, canal carpiens… vraiment peu de résultats.

La deuxième difficulté a été de me retrouver confronté à la montagne d’informations, l’océan d’informations dans lequel on baigne quand on s’intéresse la médecine chinoise et quand on décide de sortir du cadre strict de la MTC actuelle.

Par exemple, après avoir reçu l’enseignement du Dr Wang Ju Yi, j’ai commencé à essayer de mettre en application la palpation des méridiens sur mes patients et j’avais du mal à exprimer clairement un diagnostic et un principe de traitement.

C’est donc bien d’apprendre de nouvelles choses, mais pendant un moment, cela crée de la confusion.

A ce sujet, si je peux donner un conseil aux étudiants de médecine chinoise, c’est de ne pas étudier plusieurs livres à la fois, mais d’en étudier un seul, puis de synthétiser ce qu’ils en ont compris. Enfin, il faut valider ce nouvel acquis par sa mise en application … il faut passer la théorie à l’épreuve de la pratique clinique.

La boulimie existe en Médecine Chinoise ! Le risque majeure est de créer de la confusion dans nos esprits, et par voie de conséquence, de voir décliner nos résultats cliniques … Tout déclin de la force de l’intention du soignant conduit inévitablement au déclin des résultats cliniques.

Pour garder une intention forte, il faut un esprit structuré, fort et clair.

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