經筋 Jīng jīn, fascias et tenségrité

L’étude de l’anatomie permet de comprendre la pertinence de l’acupuncture du point de vue structurel. Le sujet idéal pour commencer cette étude est la dynamique des fascias. Le fascia est un type de tissu conjonctif composé principalement de collagène.

Il est présent dans toutes les structures le corps : les os, les muscles, les artères, les veines et les organes. Le fascia enveloppe absolument tout, il fournit un soutien pour les tissus et les organes tout en séparant les différents composants structurels individuels de l’ensemble.

Cette structure complexe assure l’intégrité du corps et l’ interconnexion de toutes ses parties. On peut utiliser l’image d’une toile, d’un filet qui enveloppe et se répand à travers les structures internes du corps. Notre réalité biomécanique est la suivante : nous sommes incapables d’isoler et de mobiliser une partie de notre corps sans impliquer tout le réseau des fascias.

Le fascia est solide mais il peut s’étirer. Un fascia trop étiré peut causer une limitation, une perturbation du mouvement des structures anatomiques. Un fascia déchiré causera douleur et inflammation.

Le fascia est, en fait, notre système de régulation biomécanique, tout comme notre système circulatoire est un régulateur biochimique et le système nerveux est un régulateur des temps. Il doit être étudié et traité comme un système et non pas comme un ensemble de parties déconnectées. 

Notre système fascial commence à se développer environ 2 semaines après la conception tel un gel fibreux qui imprègne et entoure toutes les cellules de l’embryon. 

Une structure sans fonction est un cadavre. Mais la fonction sans structure est un fantôme. Il est maintenant très clair que la connaissance des fascias est indispensable à l’étude de l’anatomie globale. Le concept de muscles individuels agissant sur des os à travers des articulations ne suffit pas à expliquer adéquatement la stabilité et le mouvement du corps humain.

Extrait de http://www.anatomytrains.com/fascia/

Lorsque le corps est disséqué le long de «lignes de tension et de traction», nous observons une structure anatomique incroyablement proche de la distribution de ce que le neijing appelle tendons axiaux 經筋 Jīng jīn.

Un fascia situé dans une zone peut affecter des tissus situés dans une autre zone plus éloignée.

Voir et réaliser que les canaux d’acupuncture ont un fondement matériel tangible est un outil de compréhension et de communication puissant pour les praticiens et les étudiants en médecine chinoise. Cette relation entre fascias et canaux d’acupuncture nous offre une base solide sur laquelle échanger dans un jargon commun avec le corps médical.

L’explication biomédicale actuelle du mode d’action de l’acupuncture et de la moxibustion s’appuie fortement sur la stimulation des micro-courants électriques qui existent dans le tissu fascial. Lorsqu’ils sont stimulés à la bonne profondeur et en certains points clés situés dans le tissu fascial, ils induisent des changements systémiques.

Du point de vue de la médecine chinoise, la formation d’anomalies structurelles le long des canaux implique les cinq tissus: peau, vaisseau, muscle, tendon et os. L’explication médicale moderne de ces modifications anatomiques inclut des changements dans la composition des métabolites, des liquides interstitiels, de la peau, du tissu conjonctif sous-cutané, du tissu adipeux, des vaisseaux sanguins, des muscles, des tendons, des fascia et des ligaments.

En biologie, le concept de tenségrité est utilisé comme modélisation en biomécanique cellulaire pour expliquer la solidité des structures.

Le concept de tensegrité est défini par Buckminster Fuller dans les années 1960. Le mot tenségrité est la concaténation des mots tension et intégrité. La tenségrité est, en architecture, la faculté d’une structure à se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui s’y répartissent et s’y équilibrent.

Les structures établies par la tenségrité sont donc stabilisées, non par la résistance de chacun de leurs constituants, mais par la répartition et l’équilibre des contraintes mécaniques dans la totalité de la structure.

Ainsi, un système mécanique comportant un ensemble discontinu de composants comprimés au sein d’un continuum de composants tendus peut se trouver dans un état d’équilibre stable.

De même, la matrice extracellulaire pourrait également être une structure en tenségrité.

En outre, le système musculo-squelettique pourrait également être perçu comme un système de tenségrité, les os étant comprimés par la tension apportée par les muscles (via les tendons) et les ligaments eux-mêmes tendus. Au fur et à mesure que les structures de tenségrité sont mises sous tension croissante, leur intégrité et leur cohérence augmentent.

Les modifications dans n’importe quel aspect d’un système tensegral sont instantanément communiquées à toutes les autres parties du réseau de tenségrité. Par conséquent, les systèmes tenségral ont une cohérence autorégulatrice.

Lorsque nous combinons le modèle de biotensegrité des organismes vivants avec les principes et les théories de la médecine du Nèijīng, nous relions la théorie des jing luo à l’apparition et au traitement des maladies courantes que nous rencontrons dans notre pratique quotidienne.

Parce que la théorie classique des jing luo offre une description du corps humain qui est ancrée dans la réalité anatomique, elle fournit un pont vers la biomédecine occidentale qui a fait jusque là défaut dans les descriptions modernes de la médecine chinoise.

Le système des Jing Luo est un système de transmission du signal. Il est en relation avec le mouvement.

Yoshito Mukaino

Les douze tendons axiaux 經筋 Jīng jīn régissent la façon dont le corps se déplace à travers l’espace tridimensionnel, le long de six axes primaires.

Dans le Nèijīng, la direction de l’est est associée aux plans tissulaires des tendons (jīn) et aux membranes (mó). Ils fournissent un soutien structurel flexible à la capacité de mouvement de l’organisme. Les tendons (jīn) et les membranes (mó) se lient aux os et aux articulations.

LA PRÉSENCE DE RÉACTIONS ANORMALES AUX MOUVEMENTS EST EN RELATION AVEC L’OCCURRENCE DES SYMPTÔMES.

Le mouvement est l’expression de la vitalité. Après observation, « écoute », vérification de la mobilité, le thérapeute perçoit la dysfonction somatique. Il découvre l’importance des mouvements mineurs qui permettent la libération des mouvements majeurs.

Le but est de redonner, sans l’agresser, la « vie » aux tissus. Il réalise le traitement nécessaire et pas plus : il relance le mouvement. Le mouvement, c’est la vie. La dysfonction, la perte de la dynamique du mouvement.

Toute mobilisation tissulaire doit être douce. Le thérapeute travaille de la surface vers la profondeur. Il traite les perturbations de la structure corporelle pour permettre aux fonctions de s’exprimer normalement.

La structure et la fonction sont indivisibles, formant les deux aspects imbriqués d’un même souffle manifesté. La structure gouverne la fonction et la fonction actualise la structure. Le thérapeute cherchera à équilibrer la structure fonctionnellement. Le thérapeute cherche à libérer les tissus, à restaurer la libre circulation du sang et des autres fluides de l’organisme, ce qui se manifeste par une souplesse et une chaleur retrouvées. Il permet au système nerveux et au système endocrinien de déterminer une régulation globale et normalisée dans une structure fonctionnelle équilibrée propre à chaque personne traitée.

Commentaires

  1. Jeff says:

    Merci pour ce partage d’informations qui m’oriente dans mon travail de recherche sur la compréhension de la MTC. Si vous êtes intéressé par “le Fascia”. Je vous invite à regarder la vidéo sur ce thème, du Dr JC GUIMBERTEAU, qui est chirurgien spécialisé. Vous pourriez aussi lire le dernier ouvrage sur les travaux de Carla STECCO.

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